A
la veille du 11 novembre, je voulais raconter une petite histoire de
notre boucle en Normandie. Une après-midi parfaitement aux couleurs
de l'automne, débutée dans une grisaille où l'asphalte de la
petite route et les arbres luisent de pluie. Trajet de forêts
caduques et de champs ouverts, de chemins creux, de villages
périurbains où les pavillons acceptent parfois que poussent
d'énormes pylônes dans leur jardin...
Forêt
de Jumièges
le
croisons à contre-sens,
soldat
du passé
branches
ployant sous leurs ors
salut
au fantassin bleu
Dans
la voiture on se demande tous... a-t-on bien vu ? Qu'est-ce que cette
silhouette hors de notre temps ? La forêt jaune qui se poursuit nous
maintient dans une bulle atemporelle jusqu'à la lisière qui ouvre
sur la vallée de la Seine. Des vergers devant les maisons de brique
et des falaises de craie creusées de caves troglodytiques. Pas de
pont pour couper le fleuve mais un bac. Un village nommé Ânerie
et c'est vrai qu'on voit, broutant sous les pommiers, des ânes... La
route se superpose aux anciens chemins de halage. Nous nous garons
devant l'abbaye de Jumièges. La porterie néo-gothique a été
décorée de citrouilles. Perce déjà le bleu du ciel, puis le
soleil qui rentre autant qu'il le souhaite dans l'église sans toit
où la gorge des gargouilles, parfois couchées au sol, se remplit
d'eau au lieu de la déverser.
L'exposition
de photographies , Vestiges de Josef Koudelka, était notre but.
Panoramiques rapportés de tout le bassin méditerranéen, à
Baalbuk, en Grèce, à Troie, à Orange, au forum, en Sicile...
colonnes et amphithéâtres impressionnants par leur pureté ou leur
usure, intacts ou dépecés, éparpillés. Les images sont installées
temporairement au milieu des visages sculptés, à côté des gisants
des "énervés" et au-dessus de la dalle de marbre noir
qui recouvrait le coeur d'Agnès Sorel, l'amante d'un roi, venue à
Jumièges pour donner la vie, puis mourir.
Sur
le trajet du retour, le soldat de 1918 a disparu : des trouées
d'arc-en-ciel montent deux colonnes translucides sur les berges de la
Seine tandis que les feuillages nous éblouissent autant
que la blancheur des falaises. Le soleil est passé sous le ciel
d'ardoise...oui, vraiment nous aimons l'automne !
PS
: 30 octobre 2018, Patrick Debièvre décide de partir jusqu'à
Verdun à pieds, en tenue de poilu, sa façon à lui de clore le
centenaire de la Première Guerre. Il part de son village normand, un
jour de soleil et de pluie.




1 commentaire:
Il y a bien longtemps que je n'avais pas rendu visite aux 6 petits cailloux et encore plus que je n'avais pas laissé un commentaire. Beaucoup d'émotion à voir ces visages à comprendre entre les lignes qu'une histoire s'est éteinte et qu'un caillou est resté au bord du chemin. Que de souvenirs enfin depuis Mantes...
Avec toute notre amitié et dans l'espérance de vous revoir.
Françoise et Alain Giry
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