mercredi 26 juin 2024

hanabi un 22 juin

Et si les feux de la Saint Jean glissaient  du ciel en plumes neigeuses ?
 Et si les anges dansaient dans la nuit au milieu de la place, apportant une nuée de joie
 le temps d'un spectacle de rue ?

On sortirait nos taies d'oreillers et chacun danserait les pieds dans le duvet d'oie 

On oublierait la menace brune et ce qu'il advient des anges déçus ou déchus 


aux fenêtres des immeubles, des amis rassemblés
ombres portées 
tous couleurs de la nuit


Trinité laïque tracée aux frontons de bâtiments publics !
les filins tendus entre le Théatre National Populaire et la mairie
soutiennent les intermittents de ce spectacle


Il neige en juin sur la place Lazare Goujon
dans la Ville-Urba.i.n.ne


Bourrasques artificielles pour une euphorie véritable,

Nous aussi nous devenons des anges ...


les anges n'ont pas d'âge
même le jour de leur anniversaire


remontant le temps au moment de la première secousse, 
quelques poussières d'étoiles au milieu des gratte-ciel 


dimanche 2 juin 2024

Atelier avec Lorraine Fouchet, sur les 3 consignes proposées, je choisis : « Volez ! Racontez ! »

 


 

Fils d’écriture

 

Yuko Tsushima est la fille malheureuse d’Osamu Dazai ! Autrement formulé l’auteur de La déchéance d’un homme est le père de La Femme qui court dans la montagne. Quand je l’ai appris, ma bibliothèque mémorielle en a été bouleversée. Que son géniteur ait pu être écrivain, évidemment avant elle, tombe sous le sens. Mais elle est née un an après le « dernier » suicide de Dasai. D’autres tentatives avaient en partie seulement réussi : lui, revenu des morts alors qu’une jeune maîtresse flottait telle la belle Ophélie.

 

Dazai, je l’ai lu par un hasard de bouquinerie en commençant par le recueil Cent vues du Mont Fuji. Fidèle à mon goût pour les fils de lecture, j’ai recherché systématiquement d’autres œuvres (Retour à Tsugaru) qui font penser que cet homme si ouvertement misanthrope, a commencé par se détester, et n’a vécu que pour aimer, mais sans savoir qui ou pourquoi. En cherchant la biographie de celui qui était né Shūji Tsushima, j’ai redécouvert sa fille.

Mlle Tsushima a pris place en 2023 sur l’étagère de ma bibliothèque asiatique. Elle m’a provoqué un choc en lisant Vous, rêves nombreux, toi, la lumière ! l’histoire de son fils dont le cœur de 8 ans un matin, s’est, sans raison, arrêté. Il n’y a pas de mots pour dire la mère qui perd son enfant. Ni en français, ni en japonais. Les veuves sont éplorées ou joyeuses, les orphelins vivent de désastreuses aventures, développent des dons fantastiques mais la mère dont l’enfant a disparu reste la mère de l’enfant mis au monde.

J’ai renoué les fils de ma lecture grâce au recueil Album de rêves. Toute son écriture ne parle plus que du petit garçon qui peuple l’espace et le temps. Dans l’une des nouvelles, son enfant lui apparaît doté du pouvoir de voler. Comme il est encore jeune, plus encore qu’au moment de sa disparition, il ne maîtrise pas son corps. Il frôle les membres de sa famille, les objets de leur maison et atterrit un peu abruptement aux pieds de sa mère, avant de l’entraîner, main dans la main, dans son envol. Ce récit onirique fut une seconde commotion pour moi qui garde -comme un trésor secret- la certitude que j’ai volé très véritablement dans l’obscurité, tout autour de ma chambre, ma main dans la sienne, la nuit suivant l’enterrement de ma jeune sœur.

Lyon, le 1er juin 2024

 

samedi 9 mars 2024

un samedi de mars à Paris


Voyager en Train est tout de même plus confortable
 que dans ce palanquin 
de l'exposition autour du Dit du Genji.
Et pourtant des liens entre Lyon et le Japon se tissent


Le procédé Jacquard amené jusqu'à Kyoto pour créer des soies 
d'entre saisons
 ou un facsimilé tissé des rouleaux relatant les péripéties du Genji :
Ces écritures tramées ont été réalisées dans les années 2000
et offertes au musée par le maître tisserand du quartier de Nishijin
en remerciement 


(oeuvre d' Itarô Yamaguchi )

Ce roman si célèbre de Murasaki Shikibu provoque aussi, 
bien après le 11e siècle, la tentation de le parodier.



mercredi 28 février 2024

Ateliers de Delphine à L'Espec

 Micro atelier du 11 novembre 2023 

Quelle est la partie de votre corps qui vous semble la plus fragile ?

 

Tout me semble finalement plus solide que je ne le crois. J’ai d’abord pensé à mes cheveux, mes paupières…mais bien sûr ce sont mes yeux, fragiles dans tous les sens du terme. Qui s’ouvrent et se referment, se fatiguent, me trahissent et me servent.

Et auxquels je tiens comme à la prunelle d’eux-mêmes.

 

Atelier du 20 janvier 2024, depuis Mâcon ; pris en cours de route


Glissando ! 

 

Consignes : 1/ d’après le « nounours » de Pénélope Bagieu dans son album Les Strates : raconter une histoire d’erreur consentie.

 

Le Riri Desserle étant le seul ami de mon grand-père à la retraite, difficile de l’oublier ! Son dernier chicot, sa gitane maïs éteinte collée juste à côté.

Comment imaginer que cet homme a été jeune, a été marié et a été aventureux, alors qu’il vient, pour sa visite dominicale, métronome de la semaine, boire la goutte et parler du passé face aux pouces de mon pépé tournant invariablement au-dessus de la toile cirée. 

Le café dans les duralex.

Le canard sur un sucre. 

Le contact de l’éponge sur le ciré de la toile pour pousser vers la main en coupe les miettes de brioche (achetée chez les soeurs de Joncy). 

Tout cela, et la cigarette, à jamais bannie de mon propre chez-moi.

 

Heureusement, il y a le Riri du passé, Christophe Collomb embarqué dans sa Diane, avec sa Dulcinée. Elle est institutrice. Ils n’ont pas d’enfants. Et pas encore de RDV chez le grand-père. 

 

A cette époque, tous les dimanches, ils faisaient le choix de se perdre, roulant au hasard, dans le seul but de l’égarement. Après un pique-nique, nulle part mais ailleurs, arrivait le moment d’ouvrir la boîte à gants pour retrouver la carte routière et leur chemin.

 

2/ D’après La Foudre de Pierric Bailly (P.O.L) écriture à partir d’une amorce de l’auteur, puis de mots insérés : gynéco,imprimantes, évidence, dessein

 

     « Je n’ai même pas besoin d’un prétexte pour m’évader. Ça se fait tout seul. Je passe d’un sujet à un autre » ; l’esprit qui va à gambades. Je suis un chemin de haïjin-écho de la rivière en montagne ou brume de terre sur les Dombes. Quand les champs en friche, imprimantes magnétiques, sont imprégnés de l’automne ; évidence de la glace maintenant que le wasserfall s’est tu. Devenir stalagtite. Peindre à couverte, médailles de teintes aquatiques glissant sur le papier. Jouer des coulures puis révéler la réserve. Ce blanc de la feuille ou du coton. Enlever la gutta, la cire, la protection de nos pensées organisées. Laisser hermétique le dessein, le trajet, refermer des parenthèses sur des parenthèses et ouvrir indéfiniment nos guillemets. 

 

3/ D’après La grande glissade de l’ours Richard T. Morris : inventer un récit pour enfant




 

Sur la rivière Kamogawa, l’ours Kuma aime passer le tronc moussu, herbu et champignu. Côté soleil et fleurs odorantes, il prend à pleines pattes le miel, se léchant chaque griffe, insoucieux des abeilles.

Côté forêt, il retourne dormir à l’abri des cryptomères, bercé par les grelots de mamie Akiko qui randonne et le prévient de son passage

    Mais ce jour-là après le goûter, le tronc moussu, herbu et champignu est devenu tout vermoulu !

Plouf-Glou-bouh-oh-splish-zap-paf ! L’ours à la dérive quitte les deux rives.

 

C’est bon de couler, il sait nager.

De petits poissons lui font les yeux ronds.

Une tortue carnivore le snobe encore.

Des saumons à contre-courant jouent les garnements

Un couple de crevettes vogue en goguette.

Un serpent d’eau frôle son dos.

Les Martins pêcheurs crient : il est l’heure !

L’ours fait la planche et rejoint d’un bond le bord de l’eau.

Juste avant d’arriver aux abords de Kyoto.

 

Moralité : L’ours mouillé apprend à s’émerveiller.

 

4/ Consigne : Glisser, mais pas déraper. Contexte : Article de Libé sur un homme politique détournant l’affrication au profit de sa xénophobie. Car l’affrication n’a rien à voir avec le grand continent : rédiger un texte avec occlusives, et fricatives (lesquelles viennent se frotter aux évolutions de nos langues vivantes, françaises ou anglaises).  Mettre le mot « glisser » dans une phrase d’un livre quelconque ; mon choix se porte sur Peter Pan : « He sat down on a mushroom » …

 

Habilement, il glissa d’un large champignon vers l’humus habité de multiples insectes, à la recherche des traces du crocodile qui lui avait croqué sa main droite, mais aussi sa plus belle pendule, prise de pirates !

Tchik-Tchak les Djinns tch’attaquent.

Tchik-Tchak Djembe et Djeu de Djambes en danse de Sioux

Enfants perdus, racailles, voyous, hors-la-loi, sauvageons, va-nu-pieds, misérables, Gavroche sans galoches

Tchik-Tchak

Tssé Tssé mouches et moutcharabieh

Tcharabia-Tchak sur les tibias des marrons à Tchilaos !

Le Neverland et l’apatride fichent la frousse. Gare aux crocodiles fatchistes. 

Le Djingle de la Djungle au Journal de 20 heures ou en continu à la TChéVé

Alors Ciao

 

Et pour finir le rituel des Choses qui…glissent quand on mange des profiteroles en buvant du champagne :


Les bonnes résolutions

Le taux de « glissémie »

Les propos déplacés

La fermeture qu’on dézippe

Le mot exquis

La notion du temps et du déraisonnable

jeudi 25 janvier 2024

formes de la ruine

Et si parfois une vue un peu faible, un éclairage tamisé pouvait créer un surprise linguistique ? C'est le cas de cette "poésine" qui n'existe que dans mon imaginaire et finalement c'est une erreur très juste puisqu'un de ses vrais noms est : pierre de rêve. 

Origine du nom : “paesine” (mot pluriel italien, “paesina” au singulier, proche de “paesaggio”, paysage) ou “pierres-aux-masures” ou “pierres-paysages, appelées encore « marbres-ruines »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_à_image



Mais le tableau ci-dessous est lui-même un double leurre car le peintre du 17e siècle imite la pierre qui imite un paysage. Pour représenter deux villes bibliques, elles-aussi appartenant surtout à notre imaginaire...



Mathieu Dubus , Destruction de Sodome et Gomorrhe (Huile sur bois)
né à Ypres, vers 1590- La Haye, 1666



Carottes extraites verticalement dans le quartier de La Sorbonne
pour une lecture horizontale et temporelle de l'histoire de la ville de Paris :


Cela fait aussi partie de mes oeuvres préférées dans l'exposition alors que le dessin a pour but une analyse plutôt scientifique. Trouver ci-dessous les traces archéologiques d'un tsunami...





Pour Nina, sa préférence va aux dessins délicats du romantique 
Caspard David Friedrich.
Ruines de la porte du couvent "Heilig Kreuz" près de Meissen
1824, aquarelle et crayon

Comme le Musée d'art contemporain de Saint-Etienne est en travaux, il me semble que j'avais déjà vu les oeuvres photographiées par cet artiste et prêtées à celui de Lyon : 


Thomas Ruff, "Tripe" 2018 (Rangoon, Signal Pagoda) :
 Négatifs produits en Birmanie par le capitaine britannique, photographe Linneus Tripe et traité par l'artiste contemporain en haute définition, révélant l'usure autant que le voyage du XIXe


Autres pseudo-hiéroglyphes :  Les craquelures sur la plaque de verre de la couche argentique répondent aux complexités des pierres frottées. Estampages ici et ombres portées là.


Ne me rappelant plus le pays d'origine de ce papier frotté sur une pierre (Cambodge ?) 
je cherche avec Google Lens à définir ma source 
et l'IA me propose des papyrus, un tableau de César nommé Arrachage daté de 1961 
 ou des oeuvres carbonisées d'Anselm Kiefer !

Toutes les époques, toutes les cultures semblent se rejoindre : des pierres et le regard des hommes.

« En Chine, on considérait comme une création le fait d’avoir trouvé une pierre de rêve. Au cours de ses déambulations dans la montagne, l’oeil de l’initié savait saisir les reflets de l’univers dans une pierre. Signant sa découverte comme oeuvre d’art, il était reconnu alors comme un artiste et la pièce prenait plus de valeur selon sa réputation. Ceux qui la contemplaient pouvaient aussi la signer et y inscrire un court poème »

(source :  https://jeanpaulfavand.wordpress.com/portfolio/pierre-de-reves/ )



dimanche 14 janvier 2024

A portée d'Asie et de Bourgogne

Un samedi en aparté, prendre le train pour Dijon dans une campagne de plus en plus blanche pour découvrir avant sa proche fin une exposition temporaire aux charmes de l'Asie.
Dans le fond permanent, on trouve bien déjà quelques représentants du japonisme et ce n'est pas non plus par hasard que cette exposition en particulier consacrée aux collectionneurs et marchand depuis le classicisme trouve sa place dans l'hôtel des Ducs de Bourgogne.

Détail d'un tableau de Tissot J.J.J, dont le prénom a la triple initiale du pays représenté Japonaise au bain


Quel est le point commun entre L'Alsacienne Florine Langweil (1861-1958)
 peinte ci-dessus, négociante et mécène dont la boutique était fréquentée par Guimet, et qui participe aux expos du Musée Cernuschi
et moi ?

Entre Jehannin de Chamblanc ( 1722-1797) conseiller au Parlement de Bourgogne qui légua son cabinet chinois au musée d'histoire naturelle de Dijon et un  Philippe Burty (1830-1890) inventeur du mot "japonisme", ami des Goncourt ?

Cette fameuse passion qui nous fait sans cesse regarder vers le Levant !


La salle coréenne avec les trouvailles de Charles Varat 1842-1893 :



Parmi les trois sages bouddhistes, le plus sympathique

Feuilles d'album évoquant la vie et les métiers de la Corée,
époque Joseon (1392-1910) 2ème moitié du XIXe siècle

Deux femmes de qualité et les chapeliers évoquent pour moi les K-dramas historiques.

A Rouen aussi, des collectionneurs se prennent de passion pour les poupées japonaises. Que sans doute j'avais déjà vues en 1991 dans la version poussiéreuse du Musée d'Histoire Naturelle de la ville où j'habitais alors.
Le couple Adeline, Valentine ou ci-dessus Jules, (1845-1909) ont pour mascotte MIKIKA, dont la gravure et la photographie témoignent d'une existence désormais à l'état de souvenirs.
Ce qui est incroyable dans cette exposition, c'est de voir les objets réels, mais aussi les esquisses ou leurs représentations plus fines dans les catalogues de vente ou les registres des propriétaires. Jules Adeline écrit même des livres (Le logis et L'oeuvre en 1910) sur leur intérieur et comme il est à la fois architecte et graveur, c'est un témoignage complet de ce que peut être une maison devenue cabinet de curiosités.
En cherchant un peu plus de choses sur cet écrivain, je trouve sur Gallica son ouvrage sur le chat vu par les Japonais.



Album de peintures de fleurs aux bords découpés :
 inspiré par"Les dix Styles de Teika" recueil de poèmes collectés par 
Fujiwara no Teika (1162-1241) compilés à partir des anthologies impériales.
Reliure en arcodéon, chaque motif floral est traversé par une bande de papier (Tankaru) c
portant la calligraphie d'un poème, alternant les saisons, le voyage, l'amour...



Ci-dessus : Vague moins connue d'Hokusai, avec l'épreuve de l'éditeur 
sous la réalisation finale

Ci-dessous : un pot à pinceaux en jade, 
l'une des pièces les plus impressionnantes


D'autres collectionneurs de la région sont les époux Edma (1802-1878) et Anthelme Trimolet (1798-1866), surnommé le "fouilleron" dans le cercle des amateurs lyonnais. Originaires de Saône-et-Loire, ils se sont installés à Dijon et ont fait le legs de leur "cabinet chinois".

L'usage de ces potiches ou de ce coussin sculpté 
au rouge profond m'échappe encore...

Mon vase préféré, aux deux poissons, comme un Janus aquatique

C'est bon de clore la visite sur un contrepoint contemporain : Gentaro Murakami, né au Japon en 1991 est arrivé en France en 2010 et a fait ses études à Chalon-sur-Saône. 
Ses dessins sont inspirés par des photos du XXe siècle. 

ci-dessus : Tokyo holliday (2023) Clin d'oeil de Murakami au film Vacances Romaines


***

A Rebours :  aux origines de l'intérêt pour les talents des empires lointains, 
on trouve le détournement des matières exportées,
rehaussées de dorures ou de bronzes ... bien moins à mon goût.


Cette occidentalisation clinquante, n'est-ce pas un peu comme 
coiffer un immortel d'un crapaud ?


Visite aux Musée des Beaux-Arts de Dijon, le 13 janvier 2024