dimanche 4 novembre 2018

pas de quartier ?


Un dimanche matin dans mon quartier...
brume diffuse de novembre ou de pollution ?
Je peux regarder de face le soleil semblable à la lune.
Des élans me poussent à descendre le colimaçon de notre immeuble pour trouver prétexte à l'errance en ville :
hier, une brocante solidaire dont je rapporte 2 parapluies publicitaires, traversant des quartiers connus, en bus ; d'autres à pieds comme celui de La Guillotière. Là où les terrasses de café sont exclusivement masculines. Les passants changent de visage d'un angle de rue à l'autre : tous blancs, tous d'Afrique Noire, tous du Nord de la même Afrique, tous asiatiques... et l'enseigne des commerces suit ma migration ; transports de bagages spécialisés vers le Maroc, coiffeurs afro, épicerie chinoise, puis les résidences étudiantes qui annoncent la proximité de la faculté. Je rejoins les quais du Rhône où les parkings de mes années d'étude sont devenus des promenades. Une partie de foot dans un terrain bordé de filets pour que le ballon tombe moins souvent à l'eau ; des cavités où tournoient les trottineurs free style... l'un fait un saut périlleux... surtout sans casque ! il est déjà fixé pour l'éternité dans un smartphone tout neuf qui sera dépassé dans 6 mois.

Ce matin, des courses de dépannage dans le supermarché de mon quartier. celui qui se trouve un peu plus loin que le périmètre habituel. Je passe devant un permis de construire sur 3 des 4 derniers pavillons de notre rue (en réalité un permis de détruire surtout). Puis l'automne jette à mes semelles des feuilles de Ginkgo ; alors je cherche tout au tour l'arbre majestueux. Pour découvrir un arbuste étouffé par les deux autres essences qui l'accompagnent dans ce petit carré de forêt urbaine que protègent des barrières de bois clair.
Face au théâtre de l'Iris j'ouvre les yeux à une cabane dont les murs sont : le dos d'un immeuble, un matelas et des vêtements qui sèchent. Combien dorment dans ce qui n'est pas même un bidonvilla ? Les habitations de métal sont devenues des maisons de carton ou de tissu dans une terrible version des Trois petits cochons.
J'arrive aux commerces. A la caisse devant moi une famille qui fait songer au mot "Rom" paie des courses bicolores : 30 baguettes de pain et deux fois plus de canettes de bière. L'un humecté par l'autre, cela doit bien gonfler dans l'estomac et le remplir parfaitement pour passer le froid du jour ou de la nuit.
Je range mes commissions et dépasse une scène de film, comme dans La loi du marché, les deux vigiles et l'homme au sac suspect qui répond : "mais je ne suis pas un voleur... veuillez me vouvoyer, je ne vous tutoie pas moi..." plus je m'éloigne plus le son des réponses monte mais je me sens comme assourdie, concentrée sur le poids de mes courses à l'épaule. Un "Je m'en branle ! " retentit du côté de la Sécurité...
...à nouveau dehors. Il fait plus froid encore qu'à l'aller, surtout à la tête. je change de trottoir et prends en photo un ancien panneau du temps où Cusset était une commune. J'apprends qu'il me faudrait rebrousser chemin sur 5 km pour voir les naseaux des chevaux de la place des Terreaux.

Le jardin de l'église moderne est en travaux, condamné par des palissades mais l'escalier d'accès m'invite jusqu'à la porte. Close. Messe dans une heure. Je lis les autres affiches. Sur les pèlerinages. La veillée de prières aux torturés de tous les pays. Et je note une date prochaine de rencontre entre chrétiens, juifs et musulmans du quartier. Si j'y allais ?


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