Un
dimanche matin dans mon quartier...
brume
diffuse de novembre ou de pollution ?
Je
peux regarder de face le soleil semblable à la lune.
Des
élans me poussent à descendre le colimaçon de notre immeuble pour
trouver prétexte à l'errance en ville :
hier,
une brocante solidaire dont je rapporte 2 parapluies publicitaires,
traversant des quartiers connus, en bus ; d'autres à pieds comme
celui de La Guillotière. Là où les terrasses de café sont
exclusivement masculines. Les passants changent de visage d'un angle
de rue à l'autre : tous blancs, tous d'Afrique Noire, tous du Nord
de la même Afrique, tous asiatiques... et l'enseigne des commerces
suit ma migration ; transports de bagages spécialisés vers le
Maroc, coiffeurs afro, épicerie chinoise, puis les résidences
étudiantes qui annoncent la proximité de la faculté. Je rejoins
les quais du Rhône où les parkings de mes années d'étude sont
devenus des promenades. Une partie de foot dans un terrain bordé de
filets pour que le ballon tombe moins souvent à l'eau ; des cavités
où tournoient les trottineurs free style... l'un fait un saut
périlleux... surtout sans casque ! il est déjà fixé pour
l'éternité dans un smartphone tout neuf qui sera dépassé dans 6
mois.
Ce
matin, des courses de dépannage dans le supermarché de mon
quartier. celui qui se trouve un peu plus loin que le périmètre
habituel. Je passe devant un permis de construire sur 3 des 4
derniers pavillons de notre rue (en réalité un permis de détruire
surtout). Puis l'automne jette à mes semelles des feuilles de Ginkgo
; alors je cherche tout au tour l'arbre majestueux. Pour découvrir
un arbuste étouffé par les deux autres essences qui l'accompagnent
dans ce petit carré de forêt urbaine que protègent des barrières
de bois clair.
Face
au théâtre de l'Iris j'ouvre les yeux à une cabane dont les murs
sont : le dos d'un immeuble, un matelas et des vêtements qui
sèchent. Combien dorment dans ce qui n'est pas même un bidonvilla
? Les habitations de métal sont devenues des maisons de carton ou de
tissu dans une terrible version des Trois petits cochons.
J'arrive
aux commerces. A la caisse devant moi une famille qui fait songer au
mot "Rom" paie des courses bicolores : 30 baguettes de pain
et deux fois plus de canettes de bière. L'un humecté par l'autre,
cela doit bien gonfler dans l'estomac et le remplir parfaitement pour
passer le froid du jour ou de la nuit.
Je
range mes commissions et dépasse une scène de film, comme dans La
loi du marché, les deux vigiles et l'homme au sac suspect qui
répond : "mais je ne suis pas un voleur... veuillez me
vouvoyer, je ne vous tutoie pas moi..." plus je m'éloigne plus
le son des réponses monte mais je me sens comme assourdie,
concentrée sur le poids de mes courses à l'épaule. Un "Je
m'en branle ! " retentit du côté de la Sécurité...
...à
nouveau dehors. Il fait plus froid encore qu'à l'aller, surtout à
la tête. je change de trottoir et prends en photo un ancien panneau
du temps où Cusset était une commune. J'apprends qu'il me faudrait
rebrousser chemin sur 5 km pour voir les naseaux des chevaux de la
place des Terreaux.
Le
jardin de l'église moderne est en travaux, condamné par des
palissades mais l'escalier d'accès m'invite jusqu'à la
porte. Close. Messe dans une heure. Je lis les autres affiches. Sur
les pèlerinages. La veillée de prières aux torturés de tous les
pays. Et je note une date prochaine de rencontre entre chrétiens,
juifs et musulmans du quartier. Si j'y allais ?


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