samedi 10 novembre 2018

centenaire


A la veille du 11 novembre, je voulais raconter une petite histoire de notre boucle en Normandie. Une après-midi parfaitement aux couleurs de l'automne, débutée dans une grisaille où l'asphalte de la petite route et les arbres luisent de pluie. Trajet de forêts caduques et de champs ouverts, de chemins creux, de villages périurbains où les pavillons acceptent parfois que poussent d'énormes pylônes dans leur jardin...

Forêt de Jumièges
le croisons à contre-sens,
soldat du passé
branches ployant sous leurs ors
salut au fantassin bleu

Dans la voiture on se demande tous... a-t-on bien vu ? Qu'est-ce que cette silhouette hors de notre temps ? La forêt jaune qui se poursuit nous maintient dans une bulle atemporelle jusqu'à la lisière qui ouvre sur la vallée de la Seine. Des vergers devant les maisons de brique et des falaises de craie creusées de caves troglodytiques. Pas de pont pour couper le fleuve mais un bac. Un village nommé Ânerie et c'est vrai qu'on voit, broutant sous les pommiers, des ânes... La route se superpose aux anciens chemins de halage. Nous nous garons devant l'abbaye de Jumièges. La porterie néo-gothique a été décorée de citrouilles. Perce déjà le bleu du ciel, puis le soleil qui rentre autant qu'il le souhaite dans l'église sans toit où la gorge des gargouilles, parfois couchées au sol, se remplit d'eau au lieu de la déverser.


L'exposition de photographies , Vestiges de Josef Koudelka, était notre but. Panoramiques rapportés de tout le bassin méditerranéen, à Baalbuk, en Grèce, à Troie, à Orange, au forum, en Sicile... colonnes et amphithéâtres impressionnants par leur pureté ou leur usure, intacts ou dépecés, éparpillés. Les images sont installées temporairement au milieu des visages sculptés, à côté des gisants des "énervés" et au-dessus de la dalle de marbre noir qui recouvrait le coeur d'Agnès Sorel, l'amante d'un roi, venue à Jumièges pour donner la vie, puis mourir.

Sur le trajet du retour, le soldat de 1918 a disparu : des trouées d'arc-en-ciel montent deux colonnes translucides sur les berges de la Seine tandis que les feuillages nous éblouissent autant que la blancheur des falaises. Le soleil est passé sous le ciel d'ardoise...oui, vraiment nous aimons l'automne !

PS : 30 octobre 2018, Patrick Debièvre décide de partir jusqu'à Verdun à pieds, en tenue de poilu, sa façon à lui de clore le centenaire de la Première Guerre. Il part de son village normand, un jour de soleil et de pluie.









1 commentaire:

Alain a dit…

Il y a bien longtemps que je n'avais pas rendu visite aux 6 petits cailloux et encore plus que je n'avais pas laissé un commentaire. Beaucoup d'émotion à voir ces visages à comprendre entre les lignes qu'une histoire s'est éteinte et qu'un caillou est resté au bord du chemin. Que de souvenirs enfin depuis Mantes...
Avec toute notre amitié et dans l'espérance de vous revoir.

Françoise et Alain Giry