mardi 29 décembre 2020

les ateliers d'avant-fêtes

« Incident au fond de la galaxie » et dans l’atelier du 23 décembre.

D’après un titre d’Etgar Keret


 

Consigne 1 : la brasse-papillon


Galaxie, chocolat, étoile, carambole, goyavier, jus, Yanis, amour, mon univers unique, tunique, pudique, succube, succulent, éclatant, chatoyant, chuchotant cachotier, charrette, courbette. (n)

 

Galaxie, galaxie de chocolat blanc avec des dauphins rieurs. Galatée mais quelle métamorphose égale à celle du thé, feuilles vives indiennes devenues encre au fond des boîtes de métal dans la soute d’un navire, rouler le cyclone qui fait tourner de l’œil. (b)

 

Nos galaxies à tous : Panama, faire un tour, poussière, tempête, lune, grande, tardif, Nuée, œil, courbette, moutarde.

 

Consigne 2 La nuit dans la galaxie

 

4 § inspirés par un extrait de 7 années de bonheur d’Etgar Keret.

 

La nuit quand tout le monde dort, la mère gère la tempête de sa tête à base de tisane ou de somnifères en poudre. Une tasse, un verre, de l’eau et sa poussière blanche. 

 

La nuit quand tout le monde dort, le père va faire un tour, malgré l’heure tardive, dans son quartier où toutes les maisons se ressemblent. Il imagine que depuis la lune, ces carrés de brique, ces cubes en béton deviennent nuée, pixels de rien.

 

 La nuit quand tout le monde dort, l’enfant se lève de son lit, traverse la pièce à pas de loup, les yeux à peine habitués à l’obscurité pour se glisser dans la cuisine. Il se prépare un en-cas avec une grande tranche de jambon, trois cornichons et une cuillère de moutarde.

 

La nuit quand tout le monde dort, le poisson mesure l’espace de son bocal pour la 3893ème fois. Il revoit ses parents, ses frères, et sœurs et lui faire leurs adieux et lui promettre de se retrouver au paradis des poissons appelé Panama. Il fait une courbette et se rendort.

(N)

  

La nuit quand tout le monde dort, la mère sort sur le balcon et observe la densité du brouillard. On ne peut pas parler d’obscurité. Ce qu’il est désormais convenu d’appeler « pollution lumineuse » diffuse des auréoles au bout des mâts de cité, antennes cinq ou 6G, grues couronnées de publicités, quelques réverbères, les uns, design, érigés face au nouvel hôpital privé ; d’autres plus anciens, avec des ailes bleues, parce que c’est bientôt Noël ! La nuit quand la mère est sur le balcon, elle boit une gorgée de froid puis retourne à l’intérieur de la maison, de son lit et d’elle-même.

 

La nuit quand tout le monde dort, le père aussi.

 

La nuit quand tout le monde dort, l’enfant reste assis, adossé à quatre oreillers pour tenter de respirer malgré la douleur et la peur aussi. Il se demande pourquoi c’est si difficile pour lui, et quand il pourra penser à autre chose que ce qui fait souffrir. Il boit une gorgée d’air tiède qui pique un peu la gorge et regarde la mère.

 

La nuit quand tout le monde dort, le poisson rouge est gris comme tous les chats et tous les poissons-chats. Il n’en peut plus de vivre sous cloche. Il prend une gorgée d’eau douce et plonge hors de son aquarium, hors de lui-même et hors de la vie pour atterrir en plein milieu du cauchemar du père, lequel en sursaut, se réveille.

(b)

 

Consigne 3 Outside chorégraphie d’Inbal Pinto, sur une nouvelle du même Etgar…

Amorce : « Le confinement est levé depuis 3 jours et je mange des olives »

 

Le confinement est levé depuis 3 jours et je mange des olives, face à ma porte d’entrée. J’ai déplacé le fauteuil juste devant. Seul, il m’a fallu une heure pour le transporter du salon jusqu’au hall. Ce n’est pas qu’il était lourd mais mon enfermement, mon inactivité m’ont poussé à tromper l’ennui en changeant de rythme. Je suis devenu un danseur Butô. Je. Découpe . Chaque mouvement en 10. Je. Scinde mon élan. Ralentir sans secousse. Je bouge mais personne ne le voit. Maintenant assis, devant ma porte d’entrée, je mange des olives en regardant par l’œil de verre. Chaque voisin équivaut à une olive ; avant je faisais ce jeu à la fenêtre, mais maintenant que tout le monde est autorisé à sortir, j’ai eu peur de faire une overdose et d’exploser. Je suis une bombe à retardement. Trois mois enfermé, trois jours que je peux sortir, trois pensées qui résonnent : j’ai peur, je m’ennuie, une olive de plus.

(N)

 

Brèves de noyau

Je mange des olives depuis trois jours et je te confie que j’en ai marre.

 

Le confinement est annoncé dans trois jours et j’ai les méga boules, voire les maxi olives.

 

Avec les noyaux des olives, j’ai inventé un jeu à la con. Tu te postes sur ton balcon et tu vises le premier passant : en confinement, l’essentiel se passe à guetter et les occasions de faire mouche sont rares.

 

Je me suis levée, je me suis confiée, je me suis confinée, je me suis couchée... 

 

Où sont passées les Olives ? L’une est avec Popeye, l’autre avec Tom.

 

Au mont des Oliviers, Judas s’est levé et trois jours après s’être confiné, Christ est ressuscité.

Des olives et une pression ? 

Dépression à froid !

 

On connaît la musique : une olive verte vaut deux noires, 

je décroche.

(B)

 

Consigne 4 Le dentiste du 31 décembre



Je ferme la bouche. Il ne rentrera pas ses tenailles dans mon espace bucalique (sic). Mon dentiste fait les gros yeux, gage de son autorité. Il fait claquer la pince et frémir la fraise.

-Ouvrez ou vous aurez droit à une amende au lieu d’un chocolat. C’est pour votre santé tout de même.

Je m’exécute. Les outils froids se réchauffent au contact de mon haleine. Il farfouille, je ne sens plus mes joues. Il trifouille, écarte mâchoires, dents, langue. Je me sens privée de tout être, je ne m’appartiens plus. En perdant mon statut de bipède, j’ai perdu mon humanité. La chaise possède l’angle parfait. Il m’empêche de gesticuler, de m’enfuir. Condamnée. Un faux mouvement du médecin et le goût âpre du sang me remplit la gorge. Beurk. 

-C’est de votre faute aussi, prétend-il, vous ne respectez pas les consignes donc que vous finissez meurtrie. 

En sortant du bâtiment, j’avais perdu une dent, ma dignité et gagné un nouveau rendez-vous le 15 janvier 2021.

(N)

 

Dans la salle d’attente de mon dentiste, Madame Lee, les chaises sont translucides et s’alternent en étrange posture, tantôt les pieds au sol et le siège dispo pour le cul des patients, tantôt les quatre fers en l’air, dossier à l’équerre. Ainsi personne ne risque de s’approcher de l’autre. 

Madame Lee est belle, jeune, svelte, mais cela ne se voit pas sous sa combinaison blanche de taille XL, son masque, sa visière, sa charlotte. Elle pourrait être Armstrong sur la lune et moi le cratère dans lequel elle plante la bannière étoilée. 

J’aime les bruits cosmiques du fauteuil de dentiste ; la lumière sans concession façon Kubrick, sur mes 24 dents. Mutantes avant l’heure : la nature ne m’a pas doté d’une once de sagesse ni même de prémolaires. Je garde un peu de mordant, je sais être incisive, voire cynique au niveau de la canine ; un de mes chicots n’est pas d’origine. C’est d’ailleurs la plus précieuse de toutes mes porcelaines made in China.

(B)

 

Consigne 5 : d’après Habiter poétiquement le monde ( Essai de définitions de la poésie)

 

La poésie c’est partout au supermarché 

devant le sachet d’olives dénoyautées 

penser à celui des noyaux désolivés.

 

Si tu te veux poète dans ma galaxie 

et que tu n’aimes pas le lait, 

c’est raté.

 

Ne laisse personne soulever ton masque 

un jour nous n’aurons plus d’oreilles 

le vent les aura détachées.

 

Saisis l’instant avec des baguettes 

pour le tremper dans une sauce aigre-douce.

 

Ris au nez ou riz en bouche ? 

Riz au lait en Voie lactée.

 

Ne crois surtout pas que la poésie contre ma peau 

hésite à toucher la tienne.

 

La poésie c’est un origami que je déplie.

(B)

 

La poésie c’est l’admiration des objets malgré la poussière qui les recouvre.

 

Si tu te veux poète en fumant une cigarette avec, pour compagnie, sa lueur, dis-toi que la lueur suffit.

 

Ne laisse personne te clouer à une chaise, à une place, 

le mouvement lent ou rapide est vital.

 

Saisis l’instant attrape le souffle 

dedans,

jusqu’à ce qu’il devienne bulle, 

rêve.

 

Ris au nez du monde 

mais aussi de toi-même 

sinon tu es juste con.

 

Ne crois surtout pas que la poésie capture l’instant. 

L’instant passe et la poésie n’est que pause.

 

La poésie c’est l’admiration des objets 

parce que la poussière les recouvre.

(N)

 

Le rituel des choses qui …seront sous le sapin.

 

-Les épines du Norman, malgré les promesses

-La floraison des bulbes de jacinthe

-Les anges sculptés dans le bois tendre d’une forêt malgache.

(B)

 

-Toute la famille en différentes écritures 

-des papiers colorés pliés scotchés 

-les chats avides de nouvelles odeurs 

-plus rien au bout d’une heure 

-l’esprit de Noël devenu esprit de nouvel an

(N)




L’atelier comédie musicale du 30 décembre à Villeurbanne

 

S’échauffer avec la brasse papillon : 

« claquettes : Fred Astaire, cosmonaute, spectacle, step, flap, flop, shuffle, Angleterre, terminus, enceinte, pas d’à-coup, africaine. 

 

Les mots des autres : ananas, messe de minuit, Strasbourg, sonner, pétales, clic clac. 

 

Consigne 1 : reconstituer l’année 2020 à partir d’extraits de chansons

Extrait de la bande annonce d’On connaît la chanson d’Alain Resnais 

 

Acte I : le confinement à la campagne ou en ville :

« Viens à la maison y’a les oiseaux qui chantent : C’est un jardin extraordinaire ! C’est l’hiver qui s’efface, la fin d’une saison, ce sont les eaux de mars. Gentil coquelicot Mesdames !

 

-Petites boîtes, très étroites, petites boîtes faites en ticky tacky, petites boîtes toutes pareilles et ces gens-là dans leur boîte vont tous à l’université. Non, rien de rien, non je ne regrette rien : ah ! Sacré Charlemagne !

 

-Je voudrais du soleil vert, des dentelles et des fougères, des photos de bord de mer dans mon jardin d’hiver.

 

-Quand on arrive en ville, tout le monde change de trottoir. Alors je lui dis laisse béton


 Acte II : le confinement en duo ou en solo

-On dirait que ça te gène de marcher dans la boueDis quand reviendras-tu, dis au moins le sais-tu ?

 

Maladie d’amour, maladie de ma jeunesse. Puisse l’oiseau foudroyé

dans le creux de mes pas 

reposer

pour voir si l'amour est resté 

et voir si l'un de nous deux bouge … »


 Acte III : le confinement, le retour

En bonus, le conseil musical de nos Canadiennes : J’en ai plein mon cass




Consigne 2 : retrouver les paroles d’une scène de fin mythique dans : Singing in the Rain.

 

Lui :

« Arrêtez-la, arrêtez cette femme qui a volé mon cœur. 

Vous les spectateurs, je ne saurais chanter pour vous, si ce n’est aussi pour elle !

Orchestre, reprenez vos archers ou votre souffle ; chef, à votre baguette. Voici que je désire ardemment : effacer ses larmes par mes mots d’amour. 

Arrête-toi, reviens vers moi. Non, reste quelques marches en dessous. Je ne suis pas aussi grand qu’on le croit. Et c’est mieux de te parler ainsi, toi la beauté, la jeunesse, l’émotion, la féminité, la robe d’organdi et la fleur à l’épaule. Moi, le danseur en suspens, le chanteur muet… et d’ailleurs je me tais. »

 

Elle :

« Sois belle et tais-toi ! Delphine Seyrig, petite fée des lilas, me l’avait bien fait dire : nous toutes à Hollywood, actrices faire-valoir, actrices de tulle mises en scène par des hommes, pour des phantasmes d’hommes, désirables et désirées pour nos bouches d’ange ouvertes aux baisers. Indésirables sont nos paroles. Même lorsque le cinéma nous a fait parler, les dialoguistes ont muselé nos textes. »

 



Consigne 3, Les parapluies de Cherbourg : écrire au moins un quatrain avec les sons : pa/ra/ pluie/de/cher/bourg.

 

Cher papa s’engagea chez les paras

Jura de bourg en bourg, de guerre en guerre

Canarda, de vie à trépas, les chairs

Plus il parada, plus il empira.

 

Pluie de rats, calembour à la mords l’moi

La vie des paras n’est pas rose en soi

Cher papa s’engagea dans les paras

À part moi, qui dira : bon débarras ?

 

Consigne 4, faire danser le texte : en cha-cha-cha en valse ou en tango, au rythme de vos phrases.

 

C’est la java des j’y vais

La java des audacieux

La java des à jamais

Java aux yeux malicieux

J’avais un danseur de Java

De javanaise qui m’aimait

 

Viens Java des je m’en vais

La java des ambitieux

La java qu’on se remet

Les yeux d’un revolver silencieux

La java des j’en reviens

Si l'on s'aimait pour le temps d’un couplet.


Le rituel des choses qui…n’altèrent pas notre ADN :

 

L’amour, les plantes en pot 

la brume de rivière, l’inspiration 

le fromage de ma grand-mère.

(B)




 


 

 

 

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