25 novembre, un atelier féministe (1)
rendre visible
« Avec toi, on s’éloigne tellement de la réalité qu’il est presque nécessaire d’acheter un billet de retour » Otto Rank à Anaïs Nin
Consigne 1 : la brasse papillon
Forêt, forer, la fourme, la fourbe fourmi forestière et rupestre, des fourmis dans mes formules, formes du furet, ferme du faraud
b.
Forêt verte, touffue, dense, habitée, fantasmée, mystérieuse, ombragée, du savoir, temple des mots, en pause, éternelle
N.
Consigne 2 : Dictionnaire ouvrier : le maitron
Rédiger la notice biographique de la militante du début du XXe s, Eve Lacasse.
Quelle sera sa devise ?
Née en 1899 dans la ville côtière d’Eu, la vie d’Eve Lacasse a marqué le passé de plusieurs générations de Normands. Son père possédait plusieurs pommeraies et sa mère élevait des volailles. Seule fille dans une fratrie de 13 enfants, elle fut envoyée chez la mère Poulard au Mont Saint Michel comme gâte-sauce, passant ses journées à battre des jaunes et des blancs dans des culs de poule en grès, ou de force.
L’exploitation de sa propre personne, des œufs si durement pondus, des volailles elles-mêmes, la poussa à choisir définitivement le parti de son père, Adam, le cultivateur de pommes.
Elle fonda en l’année 1914 le premier syndicat végétarien des Normands producteurs de cidre, dont malheureusement tous les membres -j’allais dire virils- moururent à la guerre où, comme chez la mère Poulard, « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs ».
b.
Eve Lacasse grande militante du XXe siècle connue pour son charisme et sa force physique qu’elle n’hésitait pas à utiliser lors de ces manifestations. Était engagée dans le combat anti gaspillage. Grande maladroite, elle avait développé une association de récupération des objets cassés, brisés, défaillants pour les transformer, les réparer, à la façon des Japonais dans leur Kintsugi. Ainsi elle a marqué l’histoire par son écologie d’avant-garde et on peut même entendre au XXIe siècle les échos de sa devise « Lacasse répare, Lacasse remplace ! »
N.
Consigne 3 inspirée par « Cachées par la forêt » 138 femmes de lettres racontées par Eric Dussert et Henriette Valet Madame 60 bis (publié chez l’arbre vengeur)
Tous les mots doivent être au féminin ! Ecriture du quotidien, « densité et énergie », point de vue de la parturiente, d’un docteur, d’une voisine de salle commune…
Une enveloppe d’obscurité envahit désormais la salle commune et la coursive voisine. A la frontière de la ville des soieries, l’imposante bâtisse voulue par la municipalité très fortement marquée d’une politique dite rouge, accueille, dans l’aile droite, des femmes, et dans l’aile gauche l’autre moitié masculine de la population.
La femme enceinte git sur une couche de misère entre d’autres futures mères. Elle seule se désintéresse de la courbe renflant la couverture couleur d’ardoise. Attendre même en sachant qu’elle ne sent plus l’invitation intérieure, l’agitation imprévue, la vie tout simplement qui s’est perdue, et qu’elle devra pourtant faire sourdre de sa nuit à elle vers l’autre, celle de la terre.
b.
Malgré la couette, l’ambiance de ménagerie, la peau tendue de ma mère, la lymphe dans laquelle je baignais, je pouvais entendre notre voisine chuchoter des banalités mesquines à sa sœur venue la visiter :
« Pst ! sais-tu que la jeune femme du « 60 bis » n’aurait pas d’épaule masculine sur laquelle se reposer ? Soit elle l’a perdue soit il s’est barré …sinon pourquoi elle n’aurait jamais de visite, tu y as pensé ? … Mais non elle ne m’entend pas, elle dort comme une souche. »
Oui ma mère dormait mais moi non ; et je venais d’apprendre en quelques phrases, une leçon, la première, à savoir : qu’importe sa bassesse, l’autre est plus pitoyable que toi s’il cherche à te rabaisser.
N.
Consigne 4 : Une consigne excitante « oh my god ! »
« oh my god ! Non ça ne va pas.
Quoi, c’est trop ?
Oui c’est trop court. Quelle vulgarité ! non mais qui de nos jours se promène en chemisette ? Avec que tes épaules dénudées tu risques non seulement d’attraper froid mais en plus d’entraîner des remarques désobligeantes. Mets une chemise, ça passera mieux.
Merci on peut toujours compter sur toi.
T’inquiète ! Je suis là pour t’ouvrir les yeux. »
N.
-Home, sweet homme …
-To be or not to be my little beautiful laundrette, that is my question.
-Much adoe about nothing ! Shakespeare in love ?
-Everything you always Wanted to Know about Sex but were afraid to ask…
B.
Consigne 5 Logorallye avec des mots de Ce que je ne veux pas savoir, Deborah Levy, prix femina étranger.
Les gens qui séjournent dans cette pension veulent des choses précises : Retrouver un amour perdu il y a 20 ans au coin d’une avenue commerciale, prendre enfin quelques jours de repos dans une forêt où se lever tôt pouvait offrir des visions antiques, un daim à travers les herbes et le brouillard. Il fallait que je regagne ma chambre pas plus grande qu’une cabine de bateau. Je n’avais pas beaucoup de place pour mes amis de voyages et ça m’arrangeait.
J’avais rangé sur une planche posée sur des mains de fonte les quelques livres indispensables à mon évasion. J’en attrapai un et le jetai à côté de mon oreiller : un guide linguistique. Il fallait au moins que je maîtrise le présent de l’indicatif avant de partir d’Espagne.
N.
Les gens qui séjournent dans cette pension veulent des choses précises : des cartes postales aux motifs de sable, des bains de bue revigorants, l’adresse de la fontaine de jouvence, un daim incapable encore de bramer, une cabine téléphonique, mais je ne peux que leur offrir ma confiture maison et de l’huile d’olive à verser sur le pain du matin, coulant dans les fentes de la tartine et graissant l’oreille où vous pouvez toujours retourner poser votre chagrin et votre étonnement d’être au présent de l’indicatif lorsque vous vous pensiez encore au futur antérieur.
B.
Le rituel des choses qui… s’emportent dans une forêt.
Une lampe torche
une essence anti-tiques
une bonne dose de stress à décharger.
N.
Rien. Le vent. La peur. La chanson du loup. (B.)
Post-scriptum de Coraly Zahonero dans le Théâtre à la table de la Comédie Française sur "Sois-belle et tais-toi", d'après Delphine Seylig
« A 50 ans, tout est ouvert, je me sens libre parce que je ne dépends plus du désir de l’autre. Mais si l’autre n’a plus de désir de moi actrice, et bien je vais le provoquer et faire moi des choses. Je ne me sens plus enfermée dans le désir de l’autre et si je ne joue pas, je vais me mettre à écrire, être créative, raconter quelque chose sur le monde tel que je le vois et continuer à être en fait actrice. »



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