Atelier du 10 mai
Contrainte n°1 : Ecrire 3 cartes postales à 10 ans d’intervalle, depuis le même lieu
Juillet 1998,
de la communauté
des Sœurs de la Divine Providence
Nous voici à Tananarive, dans cette « maison élastique » :
des religieuses s’arrêtent entre 2 trajets interminables
de taxi brousse. Lorsqu’il y a trop de monde, le salon devient
dortoir cantine chapelle atelier de cuisine buanderie…nous au milieu. Les 2 seuls blancs.
B&M
Avril 1999 Tana,
Lettre pressée ! Entre 4 biberons et 2 lessives !
Comme c’est étrange ! Un an déjà…
Nous revoilà dans la « maison élastique ».
Cette fois avec les bébés : ils sont adorables !
Hâte de revenir avec eux, à 4 !
Tu préfères Mamie ou Mémé ?
2008 : Tana à la saison des jacarandas
Je n’écrirai que quelques mots
pour que chacun de nous 6 écrive
ses propres mots,
mais je prends sans compter
des photos !
B&M, L&L, N&R
PS : les "cartes postales" illustrant cette écriture
sont prises aux tous premiers articles de ce blog débuté en 2008 :
Contrainte n°2 : carte postale à soi-même… dans un an
Pour le 10 mai 2021
Très chère « moi » qui est la moi-tié du mot moitié,
Ce n’est pas la première fois que tu t’écris une lettre
Tu as même rempli des tomes et des tomes de journaux intimes.
Fais-moi et fais-toi cette promesse :
De ne jamais plus être la moitié de personne,
Ce qui n’exclut ni l’amour, ni le désir, ni le bonheur.
Mais cette histoire de moitié d’orange à laquelle tu t’es raccrochée,
C’est bon pour les pommes ! Alors croque-là.
B.
vers à soi.e.s
Contrainte N°3 : Ecriture en commun de vers que l’on se remémore, de bouts de chansons, puis de nos propres mots.
« c'est jour de grève des boueux, t’as d’ beaux yeux
vivre vite, hâtons-nous lentement jusqu'au train
souvent pour s'amuser, on fait sans penser des blessures profondes
souvent les hommes d'équipage sauvent des naufragés
souvent vos nuits sont plus belles que vos jours
Quand on rêve d'une belle tête de vainqueur
La raison du plus fort est toujours la meilleure
mon enfant ma soeur songe à la douceur
jusque dans le bas-côté des choses , les choses de la vie
c'est ma très grande faute d'orthographe : voilà comment j'écris giraffe
la poésie est en jeu , tant va la cruche à l'eau
et je tombe translucide dans la rue , comme un somnanbule,
ou un petit jet d'eau
Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment d'un aussi grand amour
dans le frais cresson bleu tout est affaire de décor
Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? changer de lit changer de corps
Longtemps je me suis couché tard mais comment faire des vers à soie quand on n'a pas de quoi
attendre les matins plutôt que les grands soirs
La mère fait du tricot, le père est en haut, que fait le fiston avec son pantalon ?
l'ombre de ton chien, la lumière de ton regard, on se prend par les reins
Le fils fait la guerre et la mère fait la guerre à la guerre
Je reviendrai un jour, dans dix jours, dans dix ans, vois-tu je sais que tu m'attends
La terre est bleue comme une orange, amour platonique !
l'essentiel arc en ciel
et mes yeux lentement s'empoisonnent vite vite lent
la courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur
tais-toi Raymond, tu me donnes des frissons
Un escargot s'en va à l'enterrement d'une feuille morte
as-tu du coeur ce qui est dans la parole est dans le silence
me voici en moi comme un homme dans une maison qui 'est faite en son absence
couché auprès du ciel comme les astrologues
qui a dit que le lit est petit il y a toujours de la place
rien sans frein
N'employez pas le téléphone, parlez dans l'hygiaphone !
aimer à perdre la raison
Les gens ne sont jamais prêts à y répondre mais est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère ?
vite sans fuite
employez la poésie le souvenir du reste du désir »
Avec ce matériau touffu, j’extrais ces quelques vers à soi.e.s
Fausses promesses :
Jour de grève, beaux yeux aux blessures profondes
Mon enfant, ma très grande faute d'orthographe
Veux-tu attendre des matins au lieu de secondes
Je tombe comme un somnambule de sa girafe
Changer de lit changer de corps changer de monde
Je reviendrai un jour, avant mon épitaphe
Tout est affaire de décor naufragé du stylographe
Quand on rêve d'une belle tête de blonde
La raison du plus fort est toujours la plus farce
bb
Rituel d’au revoir : Choses qui sont douces
Les patates douces et les betteraves sucrières
Le jean lavé, délavé et relavé
Le creux derrière l’oreille ou celui du genou
Les souvenirs de farniente en avril, le bleu tendre de la crique sur du papier aquarelle
La joue de ma grand-mère sous le fichu qui sent la chèvre et son fromage, tout frais sorti du petit lait
Le bruit de la ville feutré par les doubles parois de verre
Mes rêves, faussement endormie, dans lesquels je construis un tipi pour que tous nous dormions sur des fourrures indiennes.
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