samedi 22 octobre 2016

Univers cloisonnés



Le 27 juillet 2016, Serenity beach

Premières découvertes de Pondichery. Sur Main Road, on trouve un autorickshaw auquel mous demandons de nous amener à la statue de Gandhi. La ville blanche est un arc dont le monument marque le centre ? Face à Gandhi, Nehru. Dans un parc attirant à l'heure du zénith. Sur la tête du grand homme, des fientes d'oiseau tracent des coulures claires propres à consoler Nina qui s'est fait « arroser » par une corneille au moment de la sortie.
Même si toutes les rues sont perpendiculaires, avec des noms français, nous ne savons pas quel repère choisir pour « entamer » la visite de la ville. Nous rentrons donc par la ruz des anges jusqu'à l'église du même nom où des vierges foulent le serpent comme Parvati le cobra, voilées de tissus indiens violet et or. Des enfants de choeur en uniforme de collégiens recopient en tamoul des paroles de la Bible sur chaque tableau blanc attaché aux colonnes. Une Indienne déjà âgée s'est agenouillée dès l'entrée de l'église et remonte l'allée centrale à genoux dans un sari paille.
A la même heure, à Rouen, dans une autre église, un prêtre se fait égorger au nom de l'intolérance qui n'a ni pays ni époque.

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Aujourd'hui nous sommes à nouveau à arpenter le centre ville de Pondy. Notre point de départ est le market, dans le quartier hindou, puis nous glissons d'angle en angle de rue, vers la ville française. Un passage rue du Petit Canal, assez semblable à la rue Eau de Robec de Rouen, avec l'odeur que cette dernière développait à cause des tanneries, jusqu'au XIXe siècle. Le long du petit canal indien où l'eau est trouble, des miettes de couleurs (pétales, débris divers) indiquent le sens du courant. Des poules les guettent et piquent du bec comme on se penche sur sa valise devant les tapis à bagages des aéroports. Le canal fait un coude et disparaît dans cette rue remarquable également par son absence totale de circulation.
A peine plus passantes, les rues autour du lycée français dont le portier nous laisse entrebâiller le porche pour qu'on admire la galerie du premier étage, ornée de peintures à l'huile : une sorte de patio musée.
Café des arts : halte avec croissant au Nutella pour les garçons. Nous commandons nos préférés ; salt lassi et sweet lemon soda.
Après le quadrillage des rues du quartier français, nous glissons vers le sud ouest de la ville, sa partie musulmane. Les ruelles sont en diagonale, les maisons multiplient leurs voiles de fer forgé ou de dentelle de béton ajouré. Une longue mosquée éclaire de sa façade blanche, le reste de la rue ombragée par la végétation qui nous sauve du gros soleil, selon l'expression créole. Sitôt atteinte l'église, nous remontons vers la rue Bussy ; pour but : la maison Kailash dont nous avons quelques titres à la maison, entre autres les aventures de Felouda, le détective imaginé par Satyajit Ray.
Nina et moi achetons chacune un volume de Pierre Loti, consacré au Japon. Elle, le roman de Mme Chrysanthème et moi des Japoneries.
Took took du retour. Repas de melon, de pastèque et de soles apportées par la femme d'un pécheur. Sieste et lecture avant les deux heures rituelles de jeux dans les vagues dont les rouleaux sont accentuées par deux jetées noires qui jalonnent notre plage. Cette après-midi, il n'y a que des hommes pour jouer avec l 'écume. Tous se baignent en slip (avec un marcel, parfois) et on peut remarquer sous la taille de certains le même cordon rouge protecteur que j'ai aussi remarqué sur un petit garçon tout nu que sa mère frictionnait avec un pan de madras, avant de le rhabiller d'une superbe chemise moirée façon œil de paon. Cet enfant ne voulait plus quitter les vagues. Sitôt séché, il courait en direction de l'écume, stoppé net par le cri de sa mère ou des grands-parents qui les accompagnaient en déposant leurs pas sur la partie sombre du sable mouillé, tassé par le ressac.

La veille. L'heure de la sieste ou de la lecture sur notre petite terrasse en hauteur. Des interpellations aigües. Une volée de femmes aux saris verts, orange, rouge, pourpres, s'éparpille dans les premières vagues, leurs voiles gonflés par le vent fidèle. Les hommes, de l'autre côté de la mer, silencieux. Comme si l'océan s'était divisé pour sauver de la mixité le bain traditionnel. L'une des femmes est sortie avant les autres. Elle déploya son sari, comme une aile ouverte que le soleil sèche.

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