vendredi 21 octobre 2016

Temples, plages et encore des poisson



Le 24 juillet 2016
Dans le paysage plat et sablonneux dont les pièces de limon annoncent la future saison des pluies, la ville apporte l'exception d'un champ de pierre à la mesure des Titans. Un boulet sorti d'un volcan usé reste en équilibre sur la dalle courbe, défiant la logique de l'oeil et de la pesanteur, comme le poétise la légende où 7 éléphants ne purent déplacer le bloc nommé « motte de beurre de Khrishna ».
de part et d'autre de l'esplanade penchée comme le pont d'un bateau, sont scultptés des monolythes grouillant de divinités et d'animaux en mouvement. L'éléphant est associé à l'eau du Gange sous le ventre duquel ses éléphanteaux s'abritent. Les singes de granit s'épouillent. La tête d'un veau roule en sacrifice quand celle de nandi divinise la vache qui servit de monture à un Dieu.
Je commence à me repérer grâce à notre guide, entre Brahma le créateur, Vishnu le protecteur et Shiva le destructeur. Sans hésitation le plus représenté, sans compter ses dix incarnations.

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Je m'arrête d'écrire pour chasser un moucheron et je vois trois corneilles profitant de la gourmandise du chat de la maison (aussi maigre que ses ancêtres égyptiens momifiés) qui a renversé le byriani de la veille sur la coursive. Leurs croassements enrichissent la troupe qui se retrouve bien vite au nombre des 7 corbeaux du conte d'Andersen. Sont-ils aussi des princes ensorcelés ?

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Sur le dos de mastodonte de la plus large pierre du quartier des temples est installé un palanquin de granit qui servait à allumer des feux nourris d'huile avant l'édification du nouveau phare. Depuis ce promontoire, on peut voir toute la platitude de la côte. Le ciel est opaque, même les nuages peinent à dessiner une clarté. La mer se confond aussi bien avec la terre qu'avec l'horizon, dans une brume qui se densifiera jusqu'à devenir mousson.
Un peu à l'écart de la troupe symphonique des temples est disposée la musique de chambre des cinq rathas. Comme les doigts d'une main, chaque monument érige sa particularité et sa similitude, au milieu des sables. Style dravidien, bouddhiste, colonnes romanes, stupa, association de tout cela. Les autres rochers non évidés en sanctuaire sont devenus : bœuf, éléphant, et les touristes indiens grimpent sur le dos des bêtes dociles en granit bleu et pourpre, selon l'ombre et la lumière.
Une famille parlant français juche ses trois enfants – dont deux adoptés en Inde – sur la croupe et la tête bovine, tandis que Ranjan boude pour les trois motifs habituels : la fatigue, l'ennui et la faim !

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Le 25 juillet 2016 à Pondichery, Serenity Beach
C'est vrai que la soirée s'écoule avec sérénité dans la petite maison au bord de la plage. Nous avons pris nos quartiers pour la semaine. Des bouquets de fleurs fraîches (hibiscus) résument l'attention aveclaquelle le lieu a été préparé. Le vent de l'océan indien sèche nos serviettes à l'étage, tandis que les ventilateurs agitent les pages de ceux qui lisent en position Récamier sur les lits.
Depuis le temps qu'on regardait le golfe du bengale sans oser tremper au-delà de l'orteil !
Léandro et Ranjan montet les vagues en Fossbury à l'imitation de leur père. Nina, revenue des rouleaux, pose, comme la petite sirène, sur la large bande de sable humide où la chair claire de mes baigneurs forme des reflest sur plusieurs mètres, dans un étrange effet de miroir disloqué qui teint du mirage.
Sur la plage, un quatuor indien nous a longtemps tenu compagnie, dans l'espoir de prendre en photo notre « happy family ». L'un était chanteur, l'autre avait le comportement d'un homme saoul ou d'un simple d'esprit. Le troisième était le photographe aux aguets et le dernier semblait surveiller l'innocent. Quatre pieds nickelés qui ne renoncèrent qu'au départ de Mô, vers la mer. L'exact opposé de ce qui s'était produit la veille :
Comme tous les enfants aspiraient à faire la grasse matinée, nous sommes retournés en couple sur l'esplanade des temples, après une omelette au fromage et un coup d'oeil au ciel idéal.
Mô voulait photographier, à son rythme, sans plus de souci du guide ; moi, je voulais peindre. Je me suis décidée pour un point de vue de la « boule de beurre de Krishna », d'un peu loin (en réalité aussi pour m'installer à l'ombre et sur une table de pierre naturelle).
Au stade du croquis, tout allait pour le mieux.Quelques fourmis géantes faciles à chasser et moins agressives que les petites rouges...soudain je me suis sentie devenir une attraction (on était le dimanche). Sans oser lever trop les yeux de mon dessin, à part pour regarder la pierre en équilibre, je sentais peu à peu la lumière filtrée par un nombre toujours croissant de spectateurs. Je continuai mon aquarelle, soucieuse de faire un peu ressemblant, pour ne pas décevoir un tel public et j'espérais bien fort que Mô repasserait de ce côté pour m'apporter un secours chevaleresque.
Ma peinture était à mi-chemin lorsque je vis dans le cadre de mon point de vue sa silhouette stopper et changer de direction pour venir, par sa seule présence, faire disparaître l'attroupement qui rejoignit peu après un bus scolaire (c'était en fait un car entier d'adolescents!)
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Le 26 juillet 2016,

Tandis que la marée monte, recouvrant le pneu de tracteur qui me sert de repère, je me suis enfin décidée à faire chauffer de l'eau (la peur du gaz revenue presqu'intacte de l'enfance). Seule à me lever de bonne heure dans notre maison assoupie, j'ai rempli près de 2 heures à observer les occupations de la plage, en alternance avec quelques pages de Green hills of Africa D'Hemingway, moins rebutantes par la langue que par le thème abhorré : la chasse. Cependant le premier chapitre expose la rencontre improbable entre l'auteur et un certain Kandinski en culottes tyroliennes, laquelle génère une conversation sur le travail sans fin de l'écriture. L'oeuvre de Zola terminée qurlques heures auparavant semble poursuivre sa théorie d'une création artistique définitivement inachevée : La peinture de Claude brûle après son suicide, telle une veuve de Maharajah sur la pierre de sati du musée de Chennai. Son seul ami Sandoz (avatar non déguisé de Zola) qui le cimetière nouveau de Paris dans ce cri de guerre : « Au travail ! »
Pourquoi Ernest Hemingway traque-t-il le grand Koudou ou le rhinocéros, malgré sa peur des serpents ? N'est-ce pas pour anéantir une fois pour toutes le désir de la création ? Brama équilibré par Shiva. La vie n'en finit pas d'aspirer à l'idéal mais la mort scelle la perfection (quelle nouvelle illusion : en cherchant le sens de worn, forme passée de s'habiller, que j'avais superposée à Worm, le ver de la tirade d'Hamlet, je me disais que la vie gagne encore.


Je retourne mon attention vers la plage de la sérénité, sous le bleu si pâle de l'aube luisante comme la nacre. Des barques soulignent l'horizon d'un pointillé parallèle saus doute au tombant de l'océan. Un homme descend les rochers de la jetée vers la première eau et j'imagine ses ablutions du matin. Ma belle évocation se dissipe lorsqu'il s'accroupit...
Le bruit d'un tracteur puis ses roues rentrent dans mon champ de perception par le côté opposé pour tirer les lourdes barques au retour et pousser ensuite celles des pécheurs qui se relaient. A partir de là, je n'ai plus qu'à chiffonner ma carte postale orientaliste. Une escouade d'ados armés de balais couleur de terre, entreprennent de nettoyer le rectangle de plage faisant face à l'hôtel « La Hutte royale » oxymore justifiée par des murs luxueux surmontés de toits végétaux en cours d'effondrement. Tant que les balayeurs sont seuls maîtres de leur ouvrage, rien n'avance : les balais font des tas que la prochaine bourrasque éparpillera. L'un grignote des biscuits et laisse choir son emballage juste à l'endroit déjà brossé. Cela m'agace tellement que je retourne aux chasse inutiles de mon livre pour me convaincre d'une misanthropie universelle.
C'est vrai qu'hier,à Mahabalipuram, on n'osait pas se baigner au village des pêcheurs car le croissant de sable entre une flaque saumâtre et des rouleaux pour surfeurs accueillait tout un peuple de bateaux, de chalands achetant les petits thons acier empilés dans des caisse de plastique. Par deux, les porteurs hissaient sur un bâton leur charge hérissée de queues et de nageoires, protégeant au choix leurs épaules ou leurs reins en les ceignant de tissus madras à larges carreaux bleus que d'ordinaire ils drapent en une sorte de kilt ou en longue jupe-culotte. Les motifs rayés correspondent-ils aussi à des clans dans une déclinaison orientale de l'Ecosse ? C'est la question qui me vient en croisant quatre individus marchant de front avec une dégaine de voyous et tous vêtus de dhotis rouges plutôt inhabituels dans les bleus et les gris dominants. Ce n'était pas une plage pour se baigner – à part de fanatiques surfeurs, dont une famille de la réunion ravie par l'aubaine d'échapper à la menace des requins et deux Japonais (le père brûlé par le soleil et musclé par l'eau). Cependant la tension de la plage nous attirait, nous charmait...Vingt pêcheurs hissaient l'un après l'autre les longues embarcations, une fois vidées car la pêche avait été si généreuse que les braque sne pouvaient être tirées de l'eau au-delà de la proue. Les porteurs vont et viennent entre le dais qui symbolise la place du marché (mais sans la criée) et le bras d'eau croupie où flottent les corps gonflés de poissons porc-épic. Ils rejoignent un camion frigorifique disproportionné, compte tenu de l'étroitesse de la ruelle.
Aujourd'hui le chargement a dû rejoindre Chennai, être divisé et acheminé vers de nombreuses échoppes où les poissons de l'ancien port royal de Mahabalipuram (le grand sacrifice) seront débités en steaks et digérés par des centaines de ventres indiens ou occidentaux.






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