Deux
déconvenues :
sous
le portrait de Georges V au fort du même nom, le récit de son
voyage en Inde, de sa compassion pour les souffrance du peuple et ce
courant de sympathie qui bascule au déchiffrement (terme convenable
pour mon anglais) de ses trophées d'une chasse de 10 jours ;
tigres à foison, poignée d'éléphants et unique ours des forêts
bengalies. ( D'ailleurs nous vîmes à Govern'ment, la
carcasse immense d'un éléphant meurtrier, perpendiculairement
dressée sous les charpentes osseuses des baleines suspendues.)
Seconde
désillusion : une pierre redressée comme une stèle, sur
laquelle une colonne en bas relief fait « coucou » de son
seul bras sculpté : à la lecture du cartel, la « sati
stone » se révèle d'usage horizontal pour permettre aux
veuves de s'immoler (plus ou moins volontairement). Tant de récits
filmés en noir et blanc sur la télé de mon enfance – le passage
de Phileas Fogg aux Indes et la chasse à l'éléphant des vieux
Tarzan ! Les batailles à bras le corps avec les crocodiles qui
luisent sur les meubles des musées et derrière les corniches des
armoires de mes parents, après le passage en Guyane de mon père –
j'avais un peu plus de 4 ans.
22
juillet 2016, une galerie couverte de la guesthouse.
Bouquet
de roses en plastique sur ma table d'écriture. A l'opposé du patio,
les philodendrons et les jasmins se développent en suivant les
cordes à linge. Murs peints de jaune et bleu, de mauve et vert.
Tomettes rouges. Escalier orange : le prisme des primaires et
des complémentaires est achevé.
Au
milieu des hamacs, des ouvriers juchés sur des tabourets plus hauts
que moi, installent de nouveaux ventilateurs. Un homme que le
crépuscule noircit sous son turban blanc, grimpe à la terrasse ;
Nina colorie une page entière de aras déployés : nous logeons
à Mahabalipuram. Nos valises profitent déjà et bombent leur ventre
(vaisselle de métal et tuniques de soie au bazar chinois de Chennai
et chez un couturier de la petite ville). Nous gardons la découverte
des temples pour le lendemain.
Vers
16h, au bord de la mer, les barques sont tirées. Trois pêcheurs se
contentent de dépasser l'estran avant de sortir par deux les
poissons rougeoyants et des carangues arc-en-ciel sur les bâches
posées sous un dais de cinéma. Ils sèment sur le tapis de poissons
des glaçons qui stylisent la chaîne du froid.
Ce soir, à l'hôtel, une femme en sari orange balance au bout de son bras le gros poisson acheté sur la plage. Il agite son miroir et disparaît de mon angle de vue quand le sari cuivre tourne l'escalier.
Ce soir, à l'hôtel, une femme en sari orange balance au bout de son bras le gros poisson acheté sur la plage. Il agite son miroir et disparaît de mon angle de vue quand le sari cuivre tourne l'escalier.
Désormais
dans nos assiettes, chair de nacre, de la crème dans la bouche, ce
poisson du golfe du Bengale.
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