lundi 24 octobre 2016

De voyage en voyage



Pondichery, le 30 juillet 2016
recopié dans un nouveau carnet « jaune indien » (appellation dans les années 80 d'une couleur orangée de 2 Chevaux) à l'effigie d'un Ganesh musicien.

C'est notre dernier jour à Serenity Beach. Les enfants dorment, Mô somnole, chacun dans la pénombre de sa chambre. Depuis la première aube, la lumière grise du ciel donne à l'océan indien un ton de marbre vert, avec les larges motifs blancs de l'écume qui n'en finit jamais de claquer sur le sable, son écho vertical. La mer est un instrument à percussions. Dans la ruelle adjacente, les eaux usées ruissellent de plusieurs maisons et le vent, pour la première fois en cinq jours, semble avoir renoncé à couvrir le bruit des rouleaux.

J'ai terminé ce matin Le livre du roi d'Arnaldur Indridasson, afin de le laisser sur l'étagère du salon, lecture de hasard et de passage que Mô a faite avant moi et m'a conseillée.
Un couple regarde la mer ; ils ont une petite fille, je crois, et le père fait mine de déplacer un bateau, ce qui bien sûr n'est qu'une pantomime lorsqu'on voit l'effort nécessaire des 20 porteurs de Mamallapuram...
Vers 6 heures il y avait tout un groupe de personnes endormis sur la plage, étaient-ce des pêcheurs ? À part, les femmes, ils ont disparu quand la première barque a pris de face les vagues pour gagner la mer profonde.
En allant du côté de la plage du nord, j'ai croisé certains se lavant les dents avec la technique expliquée par notre guide : une brindille de « neem tree », très amère (il en avait préparé une pour chacun de nous). Bonne pour les dents mais aussi l'estomac !
En contrebas de la jetée, un groupe d'occidentaux porte d'étranges pantalons courts que les vendeurs de vêtements appellent « catfish » (je crois). Par deux ils exécutent une sorte de danse lente où il me semble qu'un meneur doit être imité par un suiveur, les mains dans le dos, en marquant des pas aux quatre points cardinaux.
J'ai pris le temps de peindre la troisième baie, celle des surfeurs et, lorsque je suis redescendue de la jetée, des enfants s'étaient joints à la chorégraphie silencieuse.
Je n'avais pas remarqué auparavant les abris faits de palmes sèches, le long de la route, au-dessous desquels sont entreposés des amas de filets. Ces ballots entrecroisant leurs teintes adoucies par la lumière matinale sont un cauchemar pour l'aquarelliste : je ne vois pas comment rendre la légèreté de leurs réseaux associée à la pesanteur de leur dôme ramassé.

Maintenant sur notre terrasse qui domine la plage, je continue à passer le temps en regardant les activités des êtres humains ou des animaux. Je me rends compte que j'ai oublié de vous parler de ces derniers. Notre animal préféré, le grillon, fidèle chaque soir à la tête du lit ou même dans la salle d'eau, prenant la douche avec nous. Puis les deux chats presque jumeaux, roux et tigrés, maigres comme des momies, l'un aux yeux jaunes, l'autre borgne, plus impressionnant encore dans l'obscurité du toit, une seule pupille brillante d'un éclat de mercure. Les corneilles dont le nid est voisin sont redoutables pour voler dans les assiettes dès que la terrasse demeure sans surveillance. Elles peuvent même attaquer les chiens, celui en particulier qui propose sa compagnie au crépuscule, lorsque Ranjan et Léandro profitent jusqu'au bout des vagues puissantes tandis que Mô et Nina font des sculptures de sable en évitant les conseils des passants.
Je soupçonne ces « charognardes » d'être à la cause du « cyclope félin » qui se cache sous le auvent de l'escalier. Je n'oublie pas les fourmis tractant en équipe le grain de maïs soufflé tombé sur le carrelage, avec une vaillance semblable à celles des pêcheurs qui n'ont pas accès au tracteur que je vois en ce moment déplacer une barque bleu turquoise à fond rouge.

Hier soir ont éclaté au-dessus de Pondichery des feux d'artifice pour on ne sait quelle cérémonie. Le matin précédent, plusieurs chars, couverts de têtes de fleurs comme au corso fleuri de Nice, stationnaient devant le grand temple de la rue Mahatma Gandhi. D'ailleurs, Nina eut une frayeur liée au contexte de terrorisme des actualités en se faisant surprendre par une pétarade de fête juste derrière ses talons. Comme son papa la suivait, elle le crut attaqué ! Autre triste réminiscence niçoise, triste 14 juillet, terrible année.

La corneille continue de ramener des brins végétaux pour le nid en équilibre sur la grappe de cocos.
Il faut espérer pour la famille oiseau que les œufs auront éclos avant que les noix mûres ne soient prêtes à tomber.

d

Sainte-Marie, le 11 août 2016

Depuis trois jours, nous avons dépassé le cap des 10 années à La Réunion. Etrange anniversaire sous un ciel trop gris pour les Tropiques et trop humide pour la saison soi-disant sèche.
La fin du voyage indien fut une sorte de boucle sur Chennai. Quoique l'hôtel et le quartier soient différents, plus périphérique, plus tranquille, je dirais presque une zone « pavillonnaire ». Nos activités étaient déjà dirigées vers le retour.
Par un hasard cocasse et un quiproquo de langage, nous nous sommes retrouvés dans une immense structure commerciale nommée Phoenix Mall, le jour de la parution de la 8ème aventure d'Harry Potter and the curse Child. Avec le nom de l'oiseau emblématique de Dumbledore, on aurait dû prévoir le décor : le mur de la voie 9 Trois-quarts qui mène au train magique, des vifs d'or et des balais aériens dans les allées du centre commercial où l'on croisa une multitude de sorciers maléfiques ou héroïques ressemblant fort à Ron et Harry Potter, sinon pour les traits typiquement indiens  (depuis j'ai appris qu'Hermione est une actrice de couleur dans la pièce de théâtre et je m'en réjouis !) Chacun pouvait se « selfer » devant le château de Poudlard ou aux côtés de Bellatrix Lestrange, cheveux de jais et yeux noirs.
Je suis repartie comme les autres fans avec mon volume sous le bras, la langue anglaise plus fluide à saisir grâce à 1) la forme théâtrale 2) ma motivation d'éternelle dévoreuse d'histoires.

Le lendemain, nous devenions des accros du shopping pour la deuxième journée car les cinq vendeurs du magasin de sport où Mô s'était enfin trouvé un beau short de bain, avaient oublié d'enlever l'antivol. Quitte à revenir en taxi cette fois (échaudés par l'expérience de la veille) nous avions convenu d'un RDV pour le retour afin de ne pas nous retrouver coincés dans le ballet imperturbable de taxis trop petits pour cinq Occidentaux (malgré la sveltesse de nos deux garçons). De plus, nous avions aussi décidé de goûter aux salles de cinéma indiennes. Léandro ne voulait pas aller voir la star de la région « Rajini », sa barbe blanche, sa chevelure imposante et sa dégaine sportivement soixantenaire, dans son dernier succès : Kabali, où il joue, comme à son ordinaire, un héroïque homme d'action que l'âge ne saurait entamer.
Ce fut donc « Ghostbusters » en anglais et en 3D, avec une qualité impressionnante, tout autant que cette salle de 500 places avec sièges en cuir, et 4 spectateurs sans nous compter... Les 491 autres se régalaient devant KABALI.



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Post-scriptum : Le récit de notre voyage en Inde reste en suspens dans cette salle de cinéma, au milieu des fantômes d'un film des années 80, une sympathique reprise avec une équipe féminine de chasseresses d'ectoplasme, avec le passage de Sigourney Weaver et Bill Murray, bien vivants. Les enfants ont profité de la fête du cinéma à Sainte-Marie pour retourner le voir en français...
C'était un beau voyage commencé le 18 juillet 2016, pour les 13 ans de Ranjan.
Le prochain ?



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