Sainte-Marie, le 25
octobre 2016,
Notre manteau
d'Arlequin est un carnet aux losanges noir et blanc qui
traîne à portée de main depuis longtemps. J'y recueillis les mots
de nos enfants et on peut y lire l'évolution de notre famille et
celle du langage de Lise, Léandro, Nina et bien sûr Ranjan. On peut
retrouver un séjour au soleil, une première fois, des anecdotes que
nous nous sommes racontées 100 fois et d'autres aussi vite écrites
qu'oubliées.
Je dédie ce manteau
d'Arlequin cousus de paroles disparates à leur papa que j'ai
rencontré il y a 30 ans, jour pour jour. Il portait un pull à col
roulé... et un poisson rouge dans un sachet d'eau pour offrir à la
voisine dont nous fêtions l'anniversaire. Nous avons parlé toute la
soirée, nous avons dansé sur Claude François que nous n'aimons ni
l'un ni l'autre et il m'a appris à passer les vitesses de sa 2
chevaux jaune en rentrant dans la nuit sans orage, où pourtant il y
eut de la foudre, quelque part.
« Arlequin :
Allons vite, tirez votre plume et griffonnez-moi mon écriture. »
(Marivaux)
4 mars 2002,
Moi (33 ans) Lise (4
ans)
Moi : Lise, à quoi as-tu rêvé
cette nuit ?
Lise : A toi, Maman ! Et
toi ?
Moi : Je ne m'en souviens pas...
Lise : Alors ton rêve est sorti
de ta tête !
Moi : Oui.
Lise : Par le nez ou par la
bouche ?
§
5 mars,
Léandro (4 ans) Nina (11
mois)
Léandro à sa petite sœur :
« Alors, ma Ninounette ! »
§
Lise, prenant la trousse à
pharmacie : « Maman, c'est la boîte des médicaments ?
C'est la mallette à maladine malade ! »
§
Olfactif :
Lise : Je mets ces
chaussettes ?
Moi : Non, sens, elles
sont sales.
Lise sent : Oh !
C'est les pieds qui font ça ?
Léandro teste aussi. Lise
commente : « ça sent le gasoil ! »
§
8 mars
Léandro à propos de la
murène :
« Elle croque... et
c'est nous la viande. »
§
10 mars
Texte du faire-part :
« Un an et un jour après sa naissance, Nina vous invite à son
baptême, le samedi 23 mars 2002. Rendez-vous chez sa famille, au
collège de G. (cartable facultatif) à partir de 12h.
PS : On vous garde au
moins jusqu'à L'Angelus ( ou jusqu'aux Vêpres)
§
10 mars,
Lise (4 ans) Papa (36 ans)
Maman (33 ans) Léandro (4 ans)
Lise : Maman, je suis
fatiguée ; j'ai trop fait du jardinage. Tu sais les légumes,
ils ont poussé.
Papa : Pas encore,
Lise ; pour que les légumes poussent, il faut d'abord qu'on
sème.
Maman gronde Léandro qui
boude et le fait savoir.
Léandro : Puisque
c'est comme ça Maman, je ne t'aime plus.
Lise : Alors les
légumes ne vont pas pousser ! Pour que les légumes
poussent, il faut qu'on s'aime !
§
11 mars,
Léandro : Maman, je
vais te coiffer pour pas que tes cheveux tombent. Sinon tes collègues
vont dire que leur maman est pas belle...
Lise : C'est pas la
maman des collègues, c'est notre maman et la maîtresse de ses
élèves.
§
26 avril 2002,
Lise à Malou (66 ans)
:
« T'avais quel âge
pour tes 20 ans ? »
§
Moi : On va manger
chinois.
Lise : Quoi ?
Moi : Des Nems.
Lise : Et qu'est-ce
qu'on mange après les M ?
Plus tard dans le repas.
Lise : Quand est-ce
qu'ils arrivent ?
-Qui ?
Lise : Ceux que t'as
dit : les Chinois !
§
Sur le chemin de Notre Dame
de Constance à Bormes-Les Mimosas. Vacances de Pâques.
Léandro invente l'histoire
de « Nimaït » complétée par la création de Lise :
« Nimaï ». Une terrible histoire, celle de leurs
copains, jumeaux fille et garçon, morts de quelque chose qui leur
piquait le ventre... mais les pompiers arrivent et ils ressuscitent !
§
28 avril 2002, giboulées
d'avril, donc soleil intermittent.
Lise : Il avait envie
de faire pipi et maintenant il est revenu.
Mô (Papa) : Mais qui ?
Lise : Le soleil.
§
28 avril 2002,
Léandro : « Pourquoi
les étoiles sont au ciel ? »
§
1er juin 2002, récapitulatif
de toutes les questions existentielles de Lise :
« Maman, si j'aurais
voulu avoir une maman, et bien
c'était toi ! » (Faites ce que vous voulez de la
concordance des temps.)
« Mère,
enfante-moi ! » me dit Lise (Citation de Kirikou) « …
Qu'est-ce que ça veut dire enfante-moi,
maman ? Maman, est-ce que tu m'as enfantée ? »
Lise
toujours : « C'est Mme *Zakariasy qui nous a porté dans
son ventre. » (*fondatrice de l'orphelinat)
« Maman,
tu es sûre qu'on a été bébés, parce que je ne m'en souviens
pas. »
§
Léandro :
« Tu sais, Maman, quand Nina était toute petite, comme ça (il
montre un espace de quelques millimètres) et bien je croyais que
c'était un monstre. C'est pour ça que je disais qu'elle était
méchante. Mais elle est pas méchante, je le sais maintenant. »
§
Lise à
Honfleur, en mai. Au restaurant, une dame nous sert. Elle porte des
ongles très longs... je le remarque et me demande si je ne vais pas
en faire la remarque à ma petite voisine de table, Lise. Cette peine
aurait bien été perdue car, dès que la patronne tourne les talons,
Lise questionne :
« maman,
pourquoi la dame, elle a les ongles longs ? … C'est pour
pouvoir grimper aux arbres ? » suggère-t-elle. Joie
collective !
§
Les 4
ans sont passés (le 25 mai). Le lendemain, Lise : « Et
aujourd'hui, j'ai encore 4 ans ? » O joie qui perdure.
§
Le poème
de la fête des mamans.
§
Lise et
Léandro en pleine activité de coloriage.
Mon
fiston attrape le taille-crayon : « C'est pour éplucher
le marron ».
Ma
fille : « Tu sais maman, on n'est pas des dessins parce
que notre tête, elle est trop grande, alors on pourrait pas la
colorier ; ça serait trop long. » Et elle continue à
remplir de marron la joue de Kirikou.
§
le 13
juillet 2002, premier jour de vacances
Léandro :
« Aujourd'hui, j'ai rêvé de toi, maman. Tu étais dans une
maison toute plate et tu allais tomber. J'aurais dû te manger...
Moi :
Pourquoi ?
Léandro :
Mais parce que c'est toi ma petite tartine ! »
§
Lise me
voit écrire et veut que je transcrive aussi quelque chose d'elle :
« Tu vois maman, on a différents pyjamas, alors on en change
parfois. » (aphorisme du matin)
§
juillet
2002,
Lise a
deux ampoules à cause de ses tongs (thongs comme écrivent les
magasins chics de la côte d'Azur) : « Maman, j'ai un
torticolis aux pieds. »
§
Léandro
trouve un galet blond, ovoïde, précieux : « Regarde,
j'ai trouvé un œuf d'hippopotame. »
§
Lise
mange du jambon : « Et qui c'est qu'a tué le boucher ? »
(Titre possible : De l'origine de la viande)
§
Sur
l'autoroute en descendant vers la mer, je propose : « Voici
l'embranchement ; à droite, Marseille, à gauche Bormes ;
où va-t-on ?
- À droite, répond léandro.
- Mais, on n'a pas de maison à Marseille... où couchera-t-on ?
- Mais, par terre ma petite chérie. » me rétorque Léandro, narquois.
§
Les lois
de la nature/de la culture
Deux
tourtereaux jouent les équilibristes amoureux sur un fil
téléphonique.
« Que
font-ils ?, interroge Lise.
- Ils font des bébés.
- Alors ils se sont mariés avant ? »
§
Traductions :
Lise dessine des fleurs en noir et blanc ; puis un cadre en
couleurs ; mais le cadre mange les fleurs et le premier dessin
disparaît. « Lise tu as fait un palimpseste.
- ça ?
- C'est un palimpseste. (moi)
- Un « ça va pas la tête ». (Lise)
Autre
traduction : un Pikatchu est un « pique-ketchup ».
§
Léandro :
« Est-ce que les chauve-souris laissent traîner leurs ailes
quand elles marchent ? »
Lise en
accompagnant Nina à la crèche : « maman, pourquoi on
est devenus grands tout de suite ? »
§
28
septembre 2002, Léandro-mots :
« Peux-tu
me donner un sucre, grand chef de notre famille ? « (à
son papa bien sûr) « Moi, je suis le plus fils du monde,
papa »
(à sa
maman) « Tu sais, je pensais à toi quand j'étais dans le
ventre de la dame. »
Merci
notre fils...
§
Olympiades
vues par Lise :
« Nina,
elle a gagné la médaille d'or de Jésus et Léandro, il a gagné la
médaille d'or de bronze »
Lise la
nuit :
« Si
le ciel était un corps, on dirait que, par terre, c'est le ventre. »
§
20/10/02
Paroles de chanson d'automne. Duo de Lise et Léandro
« Et
dans l'ascenseur
Y'avait
ma p'tite sœur
Elle
s'est pincé les doigts
elle
s'appelle Nina
Elle
s'est fait très mal
On l'a
emmené à l'hôpital »
Heureusement
qu'on n'est pas dans un immeuble...
§
Mot
d'Halloween en retard (17 novembre 2002)
Lise
fière de sa face blanche de squelette : « Regarde ma tête
de morve. »
Mot de
musicien :
Léandro
reconnaît le son de la harpe : « J'entends l'arc. »
Mot du
boulanger :
Lise
ravie : « Moi, j'aime le pain d'aigle. »
§
Projet
d'histoire pour notre fils :
La lettre du père
Noël
Ce
matin, c'est lundi. Léandro ne veut pas sortir de sa couette. Il
grogne, il fait la montagne avec les fesses ; il hurle des cris
d'animal de la jungle contre sa sœur Lise : « éteins la
lampe ! Je veux dormir.
- Mais Léandro, c'est aujourd'hui que tu dois écrire ta lettre pour le père Noël.
- Justement, je veux un gorille, comme ça personne ne pourra me faire quitter mon lit.
Mardi
matin, Léandro est déjà dans la chambre de maman et papa... avant
le réveil du réveil ou celui de Nina la petite sœur.
- papa, maman, je sais ce que le père Noël va m'apporter ! Je l'ai vu dans mon rêve : un hippopotame avec la gueule ouverte ! Et pourquoi j'ai pas trouvé mon lait chocolat dans la cuisine ?
Mercredi,
c'est la première fois qu'on va au cinéma ! Il y a des enfants
partout, des jeux vidéos, des pop corn. Maman est perdue... Le
cinéma, c'était pas aussi grand la dernière fois qu'elle a vu un
film...du temps où elle n'était pas encore maman.
Léandro
sert très fort sa main dans le noir...et quand les lumières
reviennent, une nouvelle lettre au père Noël est prête : « Je
voudrai bien avoir un cheval bleu en vrai. » (Spirite,
leur premier film)
Jeudi,
avec les copains, on s'est raconté le film et Aurélia a téléphoné.
Elle habite à la campagne, avec des pigeons. « C'est une
bonne idée, un pigeon » car Léandro voudrait un oiseau, un
pigeon avec des griffes pour pouvoir tenir sur les branches quand il
se pose.
Vendredi,
la maîtresse de Léandro a lu Boucle d'or et les trois ours. Et
Léandro a même rapporté une image de l'ours martin qui vole le
miel des abeilles : « Mais, comment on dessine les ours ?
- C'est pour ta maîtresse ?
- Non, c'est pour la lettre au père Noël.
Samedi,
on a préparé le sapin avec des boules de verre qui ressemblent aux
planètes... mais en plus fragiles. On n'a jamais vu la lune tomber
en paillettes comme lorsque Lise et Nina se sont cachées dans les
branches et que deux planètes se sont décrochées. C'est Léandro
qui a passé le balai et il a gardé un petit morceau brillant pour
coller sur la lettre au père Noël. Pour faire un trésor.
« j'ai
changé d'idée. Je voudrais, si le père Noël a perdu ses animaux,
une voiture grises avec des portes qui s'ouvrent vers le haut...comme
les ailes d'un oiseau.
Dimanche.
Sur le calendrier, Léandro reconnaît le 2 à côté d'un 4. « Papa,
tu peux me donner une enveloppe ? » Dans la main, il tient
un dessin : on voit un cygne (le papa) posé sur l'eau, avec des
bébés cygneaux dans son ventre.
- Mais les cygnes font d'abord des œufs.
- Alors, je dessine le nid avec les bébés qui attendent la maman cygne.
La
lettre est enfin terminée, juste à temps. Elle est posée sur les
bottes de pluie pour que le père Noël puisse choisir dans sa hotte.
Et
lundi...3 œufs ! Et une lettre, la lettre du père Noël pour
Léandro.
Cher Léandro,
merci du beau cadeau que
tu nous fais tous les jours de la semaine...avec les histoires qui
naissent de ton imagination. Alors voici un cadeau à inventer :
dans le premier œuf, tu
trouveras toute l'eau de la Seine ou de l'étang derrière ta maison.
Dans le deuxième œuf,
tu trouveras un papa et une maman cygne pour préparer le nid.
Dans le troisième œuf,
tu trouveras ce que tu voudras trouver ! Et beaucoup d'amour !
Bonne couvée.
Le père Noël
Alors
Léandro cacha doucement les trois œufs sous son oreiller. Il faut
maintenant attendre de les voir éclore.
§
Projet
d'histoire pour Lise.
Les
maîtresses
Avant de
partir à l'école, les maîtresses prennent leur cartable.
Les
maîtresses ont des lunettes, aussi pour le soleil.
Les
maîtresses font leurs courses. Elles aiment le chocolat. Elles se
lavent les dents, vont chez le dentiste.
Les
maîtresses mettent leur bonnet de ski.
Elles
ont été bébé, elles font encore du patin à roulettes. Elles
plongent dans la piscine.
Elles
passent le balai dans la cuisine.
Les
maîtresses sont des mamans comme la mienne.
§
Nina, 19
novembre 2002
Dès
qu'elle est déshabillée, mademoiselle galope follement pour rester
le plus longtemps possible hors de ses habits.
« Ne
te promène donc pas toute nue ! Comme écrivait Feydeau...
- Dodo, fais dodo, » me chantonne-t-elle en réponse.
§
21/11/2002
Au
réveil, j'arrive dans la chambre des jumeaux avec Nina, enrubannée
dans sa turbulette : « regardez ce que j'ai trouvé ! »
Léandro :
« Oh mais c'est un ver de terre qui vit dans son haricot
vert. »
§
26/11/02
Lise
chante : « C'est le père Noël qui a perdu sa hotte.
C'est la mère lustucru qui lui a répondu, Et bien ta hotte, je l'ai
vendue. »
§
1/12/02
Léandro
rappe : « Plaisir d'avoir des copains / A la cantine que
j'aime bien /Christine Poutin * (*pseudonyme cachant un certain juron
qui rime, au même titre que Sacrebleu)
§
30/11/02
Lise et
Léandro rencontrent sœur Thérésa (pour la première fois depuis
le départ de Madagascar en mai 99). Soeur Marie-Paule l'accompagne.
Ce n'est qu'au départ qu'elle remet son voile. Léandro constate :
« Vous avez le même bonnet. »
§
Noël
2002, grande découverte de Nina : le crocodile empaillé
rapporté de Guyane par Dady, mais crocodile est prononcé
bizarrement : « Cracocou ».
...à
suivre,
...pour patienter,
phrase de frigo : « Vos doux baisers influencent mon
coeur », Nina, octobre 2016
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