Mô revient avec un petit
bonhomme barbu qui sait quelques mots de français grâce à un Belge
de passage, et beaucoup plus en anglais, devenant ainsi notre
chauffeur d'auto rickshaw pour les deux jours à venir. Il laisse
Ranjan piloter au bord de la mer avant de rentrer dans le flot
tourmenté de la circulation. Fin d'après-midi. Découverte de ST
Thomas Church, église érigée sur les reliques de l'apôtre
(troisième du genre après Saint-Pierre de Rome et Saint Jacques de
Compostelle). Des agrandissements de Jean-Paul II en visite chez le
saint borde les couloirs qui nous mènent (déchaussés :
adaptation indienne du christianisme) à la crypte et la statue de
cire de Thomas. (Souvenir pour moi seule de la gisante Thérèse à
Paray Le Monial). Pour l'équilibre oecuménique, nous faisons
ensuite le tour d'un immense temple hindou, non sans avoir également
laissé nos chaussures à la garde du cerbère attitré, afin
d'éviter un retour « bare foot ».
Le lendemain :
journée animalière dans le parc aux serpents où les paroles de
l'enfant d'éléphant du conte de Kipling prirent un relief
particulier à l'observation des méandres du « serpent python
bicolore de rocher ». Juste avant le « grand crocodile »
qui n'était pas celui du fleuve Limpopo.
Tant de reptiles venimeux
ou pas, de cobras à lunettes, de naja à monocle aussi, et autres
espèces vipérines ou constrictores roulées sous le sable, lovées
parmi des branchages, glissées sous l'eau, encerclant une jarre
comme un rond de tonneau ou ramassées en tas de grosses cordes
réticulées duquel guettent une, deux...quatre têtes aux yeux fixes
d'onyx, comme morts.
Quand nous avons quitté
la fraîcheur de ce parc « tranquille » , malgré ses
occupants, une colonne de petits enfants, tous en uniformes roses, se
déployait, chacun tenant l'épaule du précédent pour ne pas perdre
la file serpentant dans l'allée !
30 kms plus loin, à bord
de nos deux took took de compétition, nous rejoignons le
grand zoo de Chennai : des paons albinos roulaient leurs
éventails sur le chemin d'une serre vide de papillons : tous
butinaient en liberté, ayant trouvé porte ouverte sur le jardin.
Plus loin un bâtiment
odorait la civette et le porc-épic, avec d'autres nocturnes
disparates (hiboux etc).
Eléphants, hippo et
girafes ? Nous les vîmes si bien en passant dans le minibus, si
loin en retourner les admirer à pied.
Puis les mangoustes, les
loutres « otters » ; quant aux otaries « otteries »,
elles sont mystérieusement demeurées introuvables.
Les tigres blancs, les
tristes singes et les marabouts, casoars, « ostrichs »
traduction qui me donne envie d'imaginer les autruches en Autriche (à
Vienne, au bal).
Partout des écureuils ;
de rares antilopes géantes venues d'Inde et des lions venus
d'Afrique.
Au retour, nous
gravissons la colline de ST Thomas sur laquelle s'imbriquent
différents sanctuaires chrétiens : un corcovado par-dessus des
tamarins et un autre, statue couchée, drapée dans le bronze sous un
banian, avec une plaque : « homeless Jesus ».
Enfin, mère Theresa en plâtre (sur le point d'être canonisée)
donne charitablement son nom au « snack » voisin. Du haut
de la colline, la ville de Chennai est à perte de vue, sans borne.
Même les rubans de béton du métro aérien où glissent des trains
rétrécis par la perspective, n'apportent aucun repère. L'océan
est sans doute au bout, là où la ville disparaît dans un air
flouté par la pollution ou la chaleur.
Voici notre dernier jour
à Chennai. Nous avons pris nos marques : petits déjeuners
plutôt de café que de thé ( équivalents par la quantité de sucre
et de lait) ; repas du soir à base de « mix vegetable
curry », de sauces verte, rouge et orange où l'on trempe des
galettes fourrées aux oignons, au fromage ou aux pois. Des lassis
salés et une gourmande expérience de pâte de carotte sucrée
(parfumée à la cardamome et à la noix de cajou).
La galerie de nos plats
du soir n'a pas la variété des musées du jour... (à suivre)


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire