Chers tous !
Notre rentrée
réunionnaise se faisant à la mi-août (miaou disait l'orchestre de
Ray Ventura),
j'ai eu du mal à écrire
à tous un résumé des épisodes bernesques ! Rien de trépidant
mais tout de même deux belles semaines indiennes, à la demande de
Ranjan.
Léandro nous avait
rejoint pour ce séjour en Inde ; quant à Lise, elle préféra
vivre une vie de Bohème à la maison (Home sweet Home) sous le
prétexte de nourrir le chat qui n'était pas non plus du voyage.
Chennai : première
escale. Où l'on se rappelle que l'air est normalement fait pour
respirer et que la marche à pied dans une mégalopole n'est pas un
sport mais l'affirmation de sa foi... indispensable aux piétons et
divers véhicules et passagers de Chennai.
Lorsque nous sommes allés
au Rajasthan dans les années 90, je savais que nous reviendrions
dans ce pays ; je ne pensais pas qu'il s'écoulerait plus de 20
ans, ni qu'à mi-parcours Mô irait à Mumbai pour l'adoption de
notre fiston.
C'est finalement un
premier voyage pour nous tous, avec un peu moins de dépaysement
grâce à la couleur indienne de notre île et de Maurice (je parle
toujours d'île). Cependant à Chennai, la langue française n'a pas
sa place... bon il y a bien une boutique de luxe « Louis
Philippe » à côté de « Tommy Hilfiger ». Des
réminiscences tout de même de notre premier voyage en charter avec
cette fois une escale imprévue à Bangalore ou encore le taxi
ambassador entre l'aéroport et la cité, au petit matin :
ni singe ni éléphant comme à notre atterrissage à Dehli, mais des
vaches et des chèvres sur la chaussée pour faire bonne figure. Quel
sketch pour trouver au petit bonheur le numéro de l'hôtel « Jasmin
park » car notre chauffeur ne connaît pas toute les ruelles de
l'ancienne Madras qui dépasse les 6 millions d'habitants. 50 essais
plus tard sur son portable (le nôtre est hors réseau), nous
tournons dans la bonne allée où le bruit incroyable de la
circulation semble s'étouffer, juste après avoir viré en dessous
de pilotis qui permettent de glisser deux autres voies sous une route
principale.
Une première matinée où
l'on s'affale sur les draps de lit king size, sans rien défaire,
pour chasser, par le sommeil, la fatigue de l'avion et l'ivresse du
premier contact avec des sensations exagérées, odeurs et sons qu'on
hésite à qualifier de plaisants, agréables, irritants, épuisants ?
Bon, on se reprend et Mô
décide d'une acclimatation progressive : nous partons dans une
immense galerie commerciale où la richesse est symbolisée par LE
VIDE. Si neuve que les ailes de la structure sont bornées par les
chantiers d'un hôtel, d'une bijouterie en devenir. Le cœur est un
hall immense, totalement désert, inutile, dépourvu de bancs,
surmonté d'un toit cathédrale. La moitié du balcon ovale du
dernier étage s'appelle « escape » : c'est un
cinéma futuriste, de verre fumé. On se croirait dans un hammam car
l'angle des « porches » (trop grands pour le mot porte)
est drapé de tentures de velours argenté, qui précèdent une
muraille de tablettes tactiles à l'échelle d'un Gargantua, où des
doigts humains réservent leur séance. La « restroom »
(toilettes) propose sur 80 mètres carrés des consoles noires
laquées et des miroirs à rehauts d'argent. Unique problème :
a-t-on vraiment envie d'assister à 4h de romance en tamoul
(peut-être sous-titrée en anglais) ?
Les enfants ont donc opté
pour le resto mexicain. De vrais touristes. Et notre tête quand les
sodas commandés arrivent débordant de glaçons dans des chopes de
bière : alors on risque d'emblée la tourista ?
Reformulons à l'Indienne : on croit dès le départ à son
karma ? Oui.
Pour sceller ce
lâcher-prise, nous quittons le centre commercial pour une promenade
pédestre en bord de route, direction la mer. Un panneau conforte
notre choix : « Marina beach 1,8 km ». Quel est le
sens de la circulation ? A quoi servent des stops jamais
observés, des feux en général éteints, des trottoirs occupés par
les boutiques, les nettoyeurs de canalisation et les amas au jus
sombre ressortis des bouches d'égout ? En double file, se
garent et démarrent en permanence des auto rickshaws, des scooters,
des vélos individuels ou équipés de carriole, elles-mêmes
tractées parfois grâce à des zébus, ceux du moins qui ne
s'allongent pas sur le dit trottoir que je rejoins pour un pas ou
deux, avant de retourner avec toute cette vie, sur la chaussée.
Nous ne marchons pas de
front, et de temps en temps, l'un de nous se retourne comme Orphée
vers Eurydice : avec autant d'inconscience, car le chaos que
chacun découvre derrière soi a tout de l'enfer ! Or, ce n'est
que prémisses avant la traversée du styx, c'est-à-dire la route aux
zébras de jaune et blanc totalement ignorés par la circulation
continue. Je ne sais comment nous avons gagné l'autre rive, vivants,
suants, face à l'océan, si loin au bout de l'horizon, après une
plage qui semblait sans limite, et que nous n'avions plus le courage
de parcourir. Un engin de chantier transporte des arbres sur des
mottes à repiquer au milieu des carrés de béton qui nous servent
de bancs. En attendant leur repousse, point d'ombre. Le soleil égaré
dans les embruns et la chaleur humide et polluée, tape en hypocrite
sur nos crânes ; Mô a disparu en quête de clichés tandis
qu'on se regarde tous les 4 avant que nos yeux ne se tournent vers la
plage, les vendeuses de noix de coco et les bouteilles d'eau.
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