dimanche 4 septembre 2016

5 petits cailloux en En INDE

Chers tous !
Notre rentrée réunionnaise se faisant à la mi-août (miaou disait l'orchestre de Ray Ventura),
j'ai eu du mal à écrire à tous un résumé des épisodes bernesques ! Rien de trépidant mais tout de même deux belles semaines indiennes, à la demande de Ranjan.
Léandro nous avait rejoint pour ce séjour en Inde ; quant à Lise, elle préféra vivre une vie de Bohème à la maison (Home sweet Home) sous le prétexte de nourrir le chat qui n'était pas non plus du voyage.

Chennai : première escale. Où l'on se rappelle que l'air est normalement fait pour respirer et que la marche à pied dans une mégalopole n'est pas un sport mais l'affirmation de sa foi... indispensable aux piétons et divers véhicules et passagers de Chennai.
Lorsque nous sommes allés au Rajasthan dans les années 90, je savais que nous reviendrions dans ce pays ; je ne pensais pas qu'il s'écoulerait plus de 20 ans, ni qu'à mi-parcours Mô irait à Mumbai pour l'adoption de notre fiston.
C'est finalement un premier voyage pour nous tous, avec un peu moins de dépaysement grâce à la couleur indienne de notre île et de Maurice (je parle toujours d'île). Cependant à Chennai, la langue française n'a pas sa place... bon il y a bien une boutique de luxe « Louis Philippe » à côté de « Tommy Hilfiger ». Des réminiscences tout de même de notre premier voyage en charter avec cette fois une escale imprévue à Bangalore ou encore le taxi ambassador entre l'aéroport et la cité, au petit matin : ni singe ni éléphant comme à notre atterrissage à Dehli, mais des vaches et des chèvres sur la chaussée pour faire bonne figure. Quel sketch pour trouver au petit bonheur le numéro de l'hôtel « Jasmin park » car notre chauffeur ne connaît pas toute les ruelles de l'ancienne Madras qui dépasse les 6 millions d'habitants. 50 essais plus tard sur son portable (le nôtre est hors réseau), nous tournons dans la bonne allée où le bruit incroyable de la circulation semble s'étouffer, juste après avoir viré en dessous de pilotis qui permettent de glisser deux autres voies sous une route principale.

Une première matinée où l'on s'affale sur les draps de lit king size, sans rien défaire, pour chasser, par le sommeil, la fatigue de l'avion et l'ivresse du premier contact avec des sensations exagérées, odeurs et sons qu'on hésite à qualifier de plaisants, agréables, irritants, épuisants ?

Bon, on se reprend et Mô décide d'une acclimatation progressive : nous partons dans une immense galerie commerciale où la richesse est symbolisée par LE VIDE. Si neuve que les ailes de la structure sont bornées par les chantiers d'un hôtel, d'une bijouterie en devenir. Le cœur est un hall immense, totalement désert, inutile, dépourvu de bancs, surmonté d'un toit cathédrale. La moitié du balcon ovale du dernier étage s'appelle « escape » : c'est un cinéma futuriste, de verre fumé. On se croirait dans un hammam car l'angle des « porches » (trop grands pour le mot porte) est drapé de tentures de velours argenté, qui précèdent une muraille de tablettes tactiles à l'échelle d'un Gargantua, où des doigts humains réservent leur séance. La « restroom » (toilettes) propose sur 80 mètres carrés des consoles noires laquées et des miroirs à rehauts d'argent. Unique problème : a-t-on vraiment envie d'assister à 4h de romance en tamoul (peut-être sous-titrée en anglais) ?
Les enfants ont donc opté pour le resto mexicain. De vrais touristes. Et notre tête quand les sodas commandés arrivent débordant de glaçons dans des chopes de bière : alors on risque d'emblée la tourista ? Reformulons à l'Indienne : on croit dès le départ à son karma ? Oui.

Pour sceller ce lâcher-prise, nous quittons le centre commercial pour une promenade pédestre en bord de route, direction la mer. Un panneau conforte notre choix : « Marina beach 1,8 km ». Quel est le sens de la circulation ? A quoi servent des stops jamais observés, des feux en général éteints, des trottoirs occupés par les boutiques, les nettoyeurs de canalisation et les amas au jus sombre ressortis des bouches d'égout ? En double file, se garent et démarrent en permanence des auto rickshaws, des scooters, des vélos individuels ou équipés de carriole, elles-mêmes tractées parfois grâce à des zébus, ceux du moins qui ne s'allongent pas sur le dit trottoir que je rejoins pour un pas ou deux, avant de retourner avec toute cette vie, sur la chaussée.



Nous ne marchons pas de front, et de temps en temps, l'un de nous se retourne comme Orphée vers Eurydice : avec autant d'inconscience, car le chaos que chacun découvre derrière soi a tout de l'enfer ! Or, ce n'est que prémisses avant la traversée du styx, c'est-à-dire la route aux zébras de jaune et blanc totalement ignorés par la circulation continue. Je ne sais comment nous avons gagné l'autre rive, vivants, suants, face à l'océan, si loin au bout de l'horizon, après une plage qui semblait sans limite, et que nous n'avions plus le courage de parcourir. Un engin de chantier transporte des arbres sur des mottes à repiquer au milieu des carrés de béton qui nous servent de bancs. En attendant leur repousse, point d'ombre. Le soleil égaré dans les embruns et la chaleur humide et polluée, tape en hypocrite sur nos crânes ; Mô a disparu en quête de clichés tandis qu'on se regarde tous les 4 avant que nos yeux ne se tournent vers la plage, les vendeuses de noix de coco et les bouteilles d'eau.



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