jeudi 29 octobre 2020

lLe mardi c’est Taï-chi (22 septembre)

 

Sous le signe du livre Yoga d’Emmanuel Carrère

 

le mot tournant 

Consigne 1 : tourner autour !

 

Silence, trois points… Sur une feuille le bruit du battement de cils, l’arrêt de l’agitation, retenir le mouvement, interrompre la boucle, suspendre (bb)

 

Silence, pesant, calme, menaçant, creux, vide, musical, respiratoire, traînant, assourdissant, angulaire, illimité (nina)

 

Consigne 2 poème panoramique

Devant/derrière et de gauche à droite

 

Mes chaussettes, 

pied droit croisé sous pied gauche, 

à l’envers au niveau des orteils remonter au genou 

les barres bleu commun de la chaise de jardin devenue de cuisine

ce cahier d’où s’élève en diagonale un bic tout neuf son capuchon tout net, pas grignoté si suçoté !  

Le cyclope Gervaise : ma grosse machine à laver, tout ce qui ne tient pas dans les placards boîte à thé remplie de pistaches, confitures, machine à café,

ce tableau monumental, ce large plafond blanc 

pas de lustre juste l’ampoule nue 

derrière moi une bibliothèque 

des bibelots que je connais par cœur : 

Lyon de Venise en marbre 

cristal de roche de Madagascar 

et le symbolisme de la lune 

le sol dallage cacao avec mon sac d’école laissé tel quel

 encore au-dessus tous ces objets 

sans place définie 

superposés : balance de cuisine et lunch box achetée après avoir vu le film 

un décrochement au plafond 

le plafond et la baie vitrée 

enfin le tapis rouge 

avec deux chats 

noirs.

 

(bb)

 

Les profondeurs du bleu jean dans l’ombre où est posée une main aux ongles rongés se situent en dessous d’une vieille table en bois à la nappe africaine et verte. L’ordinateur posé dessus éclaire la consigne.

Derrière lui un repas achevé et inachevé dans son rangement de bouteilles, plastiques et verres, des miettes dans une assiette et un verre vide devant une chaise vide.

Un arrière-plan plus propre, la machine à laver la vaisselle qui supporte tous les pots de miel, les céréales, les galettes de riz qui ne rentrent pas dans le placard.

Au-dessus, un tableau, porte de l’Inde qui attend patiemment des porteurs de jarre.

Un mur blanc, fade, neutre, sert de support au pays des couleurs et des épices

Ce blanc continue et unit le mur au plafond. A peine dérangé par une ampoule nue, peut-être pour toujours. Arriver de l’autre côté : une console écartée de sa jumelle, qui accueille souvenirs en bric à brac et une photo d’un être absent.

 

(Nina)

 

Le gestomètre : Consigne 3 « à l’infinitif, liste de gestes du matin, brièveté jusqu’à l’un d’eux, soudain au ralenti »

 

Anticiper le réveil tourner l’oreiller renoncer à l’horizontale lever le volet roulant sortir la litière sur le balcon pincer le nez dérouler le tapis enchaîner les premières salutations réveiller la cadette couler le café réveiller le benjamin reprendre à « chien tête en bas » filer jusqu’au « Namasté » réveiller l’aîné nourrir le chat en transit voir courir le nôtre penser au cours pas terminé photographier le manuel que les élèves auront à coup sûr oublié choisir un masque : 

 

celui-là cousu par l’amie ; il a séché, cette nuit, malgré un orage bruyant comme une apocalypse ; doucement je le lisse avec les doigts et l’applique sur mon visage : les pendants d’oreilles s’emmêlent dans ses élastiques noirs,  ma respiration filtrée est devenue douce mesurée et j’ai le temps de me regarder, de remarquer, au-dessus du bandeau fleuri dans une cotonnade Liberty, mes cernes couleur de lilas.. ces vers d’Apollinaire me font un maquillage, du baume pour les yeux. 

 

Vérifier les clés dans la poche de dire au revoir à la maison.

(blandine)

 

Ouvrir la porte, entendre le son strident de son ouverture, mettre un pas dehors, marcher, triturer ses écouteurs, passer le fil en haut, passer le fil en bas, passer le fil à droite, passer l’embout à gauche, regarder sa montre, accélérer le pas, ouvrir la seconde porte, brancher les écouteurs au téléphone, lancer l’application, appuyer sur le bouton aléatoire, écouter les premières notes, caler le rythme de ses pas à la pulsation musicale, lever les yeux, voir le long bus passer, courir, courir, être essoufflée, se presser, atteindre le bout de la rue, voir les portes encore ouvertes, faire un sprint, arriver devant la porte : Ah enfin ! malgré mon inattention d’hier, malgré mon oubli de mettre le réveil, malgré mon insomnie à 5h30 qui m’a redonné l’envie de dormir, j’ai pu attraper le bus… voir les portes se fermer, sentir le vent dans son cou, appuyer sur le bouton pour rouvrir les portes, entendre le bus démarrer, regarder la place confortable du fond juste à côté du bippeur de cartes, vide.

(Nina)

 

A l’affût : « Les Grands cerfs »

Consigne 4 : Incliner la tête et laisser tomber ce qui s’y accumule 

(suite de 5 haïkus)

 

Kimi no nawa

Cette perte de ton nom

N’abandonne pas

 

Silence pesant

Questions qui filent en collier

De trois perles nues

 

Le temps passe et passe

Une place vide depuis

L’espace est rempli

 

Un changement d’air

Les nouvelles saisons pulsent

Champs en construction

 

Kimi no nawa

Les mots se sont fait la malle

Sourire en papier


Nina

 

 

Pénombre d’église 

les doigts remplaçant les yeux 

bénitier à sec

 

cherchant la veilleuse 

derrière un voile marial 

j’entends les pigeons 

 

signe de la Croix 

l’eau bénite s’est changée

 Hydro-alcoolique

 

 sorcière à Rouen 

sur la place Jeanne d’Arc 

un mât de mémoire 

 

la fin du marché

ma fatigue sur le banc 

les yeux aux vitraux


Blandine

 

Le rituel :

Choses qui… sont matières à penser :

 

Kant impérativement

Une bouillie de mots

Les papiers colorés à l’encre

Le temps déformé par les sentiments

(Nina)

 

-Les fleurs séchées 

pensées violettes de cartes postales 

d’avant la guerre 

 

-les pansements ruban de Tulle 

pour emmailloter le doigt pincé

 

 -les cervelles en omelette 

que la crise de la vache folle a jetées aux oubliettes

(bb)

 

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