bb : le 11 mars à 15 h
Naissance d'un récit
La première sensation.
Naissance de mes oreilles. La déchirure
du silence, le frottement des pneumatiques sur la Nationale proche
mais invisible.
A chaque interruption du trafic,
l'océan revient et s'abat. Le bruit des vagues forme le troisième
pan de la scène.
Le moteur grave d'un deux-roues.
Revient le front de l'océan, avec le vent et les embruns en poudre
d'air sur la peau.
Mes oreilles un instant au repos.
Ce sont des oiseaux, des insectes qui
animent les coulisses du théâtre. Un trille gris, des roucoulements
parme, plusieurs crécelles orangées... 4 notes flutées en nuances
de vert. Le désaccord des merles se superpose aux échos de
siffleurs qui ne varient ni de place ni de rythme.
Lorsque je compris qu'il faudrait bien
renaître, recommencer à sentir par moi-même, quitter l'autre
corps, je me mis à écouter.
Naître, c'est faire l'expérience de
la solitude. Les sons atténués, intérieurs, les reconnaîtrai-je
encore ?
Comme la tête ressort de la rivière,
comme les pavillons des oreilles, l'un après l'autre, se vident de
l'eau qui mettait la sourdine au tympan, je renais à l'écriture et
à moi-même. Seule. Minuscule. Encore aveugle.
La palette des sons me rappelle ce
xylophone de mon enfance (qui portait si mal ce nom et dont les
baguettes n'étaient pas plus en bois). Les lamelles émaillées
résonnaient en associant une lettre, une note à une teinte : le A
du "la" rose, le B
jaune d'or du "si" et le "do" bleu du C.
Majuscule ouverte comme une oreille.
nb
: 16h
Calligramme
en O
L'oiseau
orangé a offert une mélodie à mon oreille conquise. Avec l'océan,
ils ont ouvert la porte de mon coeur. Au-dessous du monde se trouve
une ouverture. Si vous tombez au fond, vous y découvrirez l'origine
de l'ombre. Surtout n'y oubliez pas votre courage, vous en aurez
besoin pour l'odyssée que je vous ai concoctée. Au programme :
passion, sortilège, trésor, voyage et autre chose encore. Tout a
commencé au Bhoutan...
bb : 22h
"votre mission, si toutefois vous
l'acceptez, sera de ramener le fil de cette histoire à votre
existence et à sa propre naissance !"
~
Faux départ
Je reprends ma feuille de route. Un
visage sommairement tracé. Des accents circonflexe pour figurer les
yeux. Un "tilde" espagnol pour situer les narines, une
bouche-parenthèse posée dans le sens de la bouderie. Presque une
émoticône (mais les visages-émotions sont dépourvus d'appendice
nasal). Enfin une phrase énigmatique est précédée par des points
de suspension.
"...Je" : qui me parle ? le
bonhomme ? l'écrivain ? Suis-je "je" dans un jeu de miroir
?
"suis" : du verbe être ou du
verbe suivre. Car, force est de constater que je suis en train de
suivre, et celui qui me précède, et la consigne.
"un pessimiste" : c'est bien
le pire qui pouvait m'arriver, un misanthrope, un janséniste, un
anti-tout, un pince-sans-rire, un père La Tristesse, un optimiste
refoulé !
- "un pessimiste as-su-mé ! "
Stoïcien cynique, éclaire ma lanterne
! Epicurien pour cette nuit, dis-moi comment ferai-je renaître
l'inspiration ?
A
moins que je ne remonte le cours du temps, avant même ta naissance.
Que cette large bouille ronde aux yeux plissés soit la face cachée
de la lune, la toute première cellule de ton être où le tilde
agite le flagelle du premier et unique spermatozoïde qui provoqua -
tout pessimisme mis à part - que ta vie, tu l'assumeras !
nb
: 12 mars, 3h
Disfrutar
Des
moments intimes reliés par les fils de nos histoires
Inspiration
longue pour ne pas s'essouffler
Ser
y estar, la définition et l'instant présent, la définition de
l'instant présent
Folie
! Est-il trop tôt ou trop tard ? ¡
Demasido pronto !
Respire,
respirar, paroles floues où les mots d'entremêlent
Un
processus nous lie pour 24h
Trésor
partagé en ce soir de pleine lune
Aquoiboniste
→
A quoi bon exister ?! Ecrivons tout simplement
Renacimiento,
nos textes renaissent sous la plume de l'autre
bb : 5h
Aurais-je cru que j'en arriverais à
lire nos horoscopes ? Je tire une carte "le conflit va
disparaître". La voix de l'oracle ne dit rien à celui qui ne
fait pas le chemin de Corinthe ou de Thèbes vers Delphes. Si le père
d'Oedipe n'avait pas tenu
compte de "qui peut naître" ?
Au début de chaque mythe est la
naissance. Au devant de chaque naissance est le désir de savoir vers
qui, vers quoi mène la procession de nos pas.
~
Me
voilà couchée sur un lit d'hôpital, avec l'enfant à naître dans
mon ventre, sa tête engagée dans le col. Je pense à Roncevaux, à
Roland.
Je
viens à peine de passer le défilé des trois mois. Me voilà
alitée. Coûte que coûte, cet enfant je le porterai. Etendue comme
un radeau de chair, avec le corps caché sous la couverture, avec mes
pieds qui désapprennent la marche. Des heures et des jours, je
traverse ma peur, accompagnée par notre enfant.
Nous
étions en mars lorsque le bateau s'est mis à tanguer. Les eaux
libérées, le travail, le même que celui de Jocaste, d'Anne ou
d'Eve. Puis le ventre entaillé. Je m'imagine grenade.
Ma
fille est née. Puis-je croire que j'aurais eu moins peur si j'avais
pu marcher jusqu'à l'oracle ?
Réveillée
chaque nuit, mes rêves me portent vers le ressassement du départ.
Je jalouse, est-ce que je sais qui ?
Je
ne suis pas seule. Sur mon ventre, il y a la marque de l'enfant.
Jamais je n'oublierai que mars est le premier mois de la première
année.
Je ne lis plus nos horoscopes.
Je ne lis plus nos horoscopes.
nb
: 9h
-
Maman, à quoi servent les papillons ?
-
C'est pour permettre aux fleurs de s'envoyer des lettres
-
Maman, à quoi servent les oiseaux ?
-
Ce sont des artistes ambulants qui charment les oreilles des
promeneurs
-
Maman, à quoi sert le soleil ?
-
C'est pour réchauffer les coeurs de ceux qui sont malheureux
-
Maman, c'est quoi la neige ?
-
Ce sont les larmes de joie des nuages, lorsqu'un nouveau nuage naît
-
Maman, c'est quoi un arc-en-ciel ?
-
Ce sont des étoiles qui se donnent la main
-
Maman, pourquoi on a le hoquet ?
-
C'est qu'à l'intérieur de ton ventre, de petits lutins te
chatouillent l'estomac
-
Maman, pourquoi tu me racontes toujours des bobards quand je te pose
des questions
-
C'est parce que je préfère les histoires à la réalité.

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