dimanche 19 mars 2017

Marathon de l'écriture : lignée 2


bb : le 11 mars à 15 h

Naissance d'un récit

La première sensation.
Naissance de mes oreilles. La déchirure du silence, le frottement des pneumatiques sur la Nationale proche mais invisible.
A chaque interruption du trafic, l'océan revient et s'abat. Le bruit des vagues forme le troisième pan de la scène.
Le moteur grave d'un deux-roues. Revient le front de l'océan, avec le vent et les embruns en poudre d'air sur la peau.
Mes oreilles un instant au repos.
Ce sont des oiseaux, des insectes qui animent les coulisses du théâtre. Un trille gris, des roucoulements parme, plusieurs crécelles orangées... 4 notes flutées en nuances de vert. Le désaccord des merles se superpose aux échos de siffleurs qui ne varient ni de place ni de rythme.

Lorsque je compris qu'il faudrait bien renaître, recommencer à sentir par moi-même, quitter l'autre corps, je me mis à écouter.
Naître, c'est faire l'expérience de la solitude. Les sons atténués, intérieurs, les reconnaîtrai-je encore ?
Comme la tête ressort de la rivière, comme les pavillons des oreilles, l'un après l'autre, se vident de l'eau qui mettait la sourdine au tympan, je renais à l'écriture et à moi-même. Seule. Minuscule. Encore aveugle.
La palette des sons me rappelle ce xylophone de mon enfance (qui portait si mal ce nom et dont les baguettes n'étaient pas plus en bois). Les lamelles émaillées résonnaient en associant une lettre, une note à une teinte : le A du "la" rose, le B jaune d'or du "si" et le "do" bleu du C. Majuscule ouverte comme une oreille.



nb : 16h

Calligramme en O

L'oiseau orangé a offert une mélodie à mon oreille conquise. Avec l'océan, ils ont ouvert la porte de mon coeur. Au-dessous du monde se trouve une ouverture. Si vous tombez au fond, vous y découvrirez l'origine de l'ombre. Surtout n'y oubliez pas votre courage, vous en aurez besoin pour l'odyssée que je vous ai concoctée. Au programme : passion, sortilège, trésor, voyage et autre chose encore. Tout a commencé au Bhoutan...



bb : 22h



"votre mission, si toutefois vous l'acceptez, sera de ramener le fil de cette histoire à votre existence et à sa propre naissance !"
~
Faux départ
Je reprends ma feuille de route. Un visage sommairement tracé. Des accents circonflexe pour figurer les yeux. Un "tilde" espagnol pour situer les narines, une bouche-parenthèse posée dans le sens de la bouderie. Presque une émoticône (mais les visages-émotions sont dépourvus d'appendice nasal). Enfin une phrase énigmatique est précédée par des points de suspension.

"...Je" : qui me parle ? le bonhomme ? l'écrivain ? Suis-je "je" dans un jeu de miroir ?

"suis" : du verbe être ou du verbe suivre. Car, force est de constater que je suis en train de suivre, et celui qui me précède, et la consigne.

"un pessimiste" : c'est bien le pire qui pouvait m'arriver, un misanthrope, un janséniste, un anti-tout, un pince-sans-rire, un père La Tristesse, un optimiste refoulé !

- "un pessimiste as-su-mé ! "

Stoïcien cynique, éclaire ma lanterne ! Epicurien pour cette nuit, dis-moi comment ferai-je renaître l'inspiration ?
A moins que je ne remonte le cours du temps, avant même ta naissance. Que cette large bouille ronde aux yeux plissés soit la face cachée de la lune, la toute première cellule de ton être où le tilde agite le flagelle du premier et unique spermatozoïde qui provoqua - tout pessimisme mis à part - que ta vie, tu l'assumeras !

nb : 12 mars, 3h

Disfrutar

Des moments intimes reliés par les fils de nos histoires
Inspiration longue pour ne pas s'essouffler
Ser y estar, la définition et l'instant présent, la définition de l'instant présent
Folie ! Est-il trop tôt ou trop tard ? ¡ Demasido pronto !
Respire, respirar, paroles floues où les mots d'entremêlent
Un processus nous lie pour 24h
Trésor partagé en ce soir de pleine lune
Aquoiboniste A quoi bon exister ?! Ecrivons tout simplement
Renacimiento, nos textes renaissent sous la plume de l'autre

bb : 5h

Aurais-je cru que j'en arriverais à lire nos horoscopes ? Je tire une carte "le conflit va disparaître". La voix de l'oracle ne dit rien à celui qui ne fait pas le chemin de Corinthe ou de Thèbes vers Delphes. Si le père d'Oedipe n'avait pas tenu compte de "qui peut naître" ?
Au début de chaque mythe est la naissance. Au devant de chaque naissance est le désir de savoir vers qui, vers quoi mène la procession de nos pas.
~
Me voilà couchée sur un lit d'hôpital, avec l'enfant à naître dans mon ventre, sa tête engagée dans le col. Je pense à Roncevaux, à Roland.
Je viens à peine de passer le défilé des trois mois. Me voilà alitée. Coûte que coûte, cet enfant je le porterai. Etendue comme un radeau de chair, avec le corps caché sous la couverture, avec mes pieds qui désapprennent la marche. Des heures et des jours, je traverse ma peur, accompagnée par notre enfant.
Nous étions en mars lorsque le bateau s'est mis à tanguer. Les eaux libérées, le travail, le même que celui de Jocaste, d'Anne ou d'Eve. Puis le ventre entaillé. Je m'imagine grenade.
Ma fille est née. Puis-je croire que j'aurais eu moins peur si j'avais pu marcher jusqu'à l'oracle ?
Réveillée chaque nuit, mes rêves me portent vers le ressassement du départ. Je jalouse, est-ce que je sais qui ?
Je ne suis pas seule. Sur mon ventre, il y a la marque de l'enfant. Jamais je n'oublierai que mars est le premier mois de la première année.
Je ne lis plus nos horoscopes.

nb : 9h

- Maman, à quoi servent les papillons ?

- C'est pour permettre aux fleurs de s'envoyer des lettres

- Maman, à quoi servent les oiseaux ?

- Ce sont des artistes ambulants qui charment les oreilles des promeneurs

- Maman, à quoi sert le soleil ?

- C'est pour réchauffer les coeurs de ceux qui sont malheureux

- Maman, c'est quoi la neige ?

- Ce sont les larmes de joie des nuages, lorsqu'un nouveau nuage naît

- Maman, c'est quoi un arc-en-ciel ?

- Ce sont des étoiles qui se donnent la main

- Maman, pourquoi on a le hoquet ?

- C'est qu'à l'intérieur de ton ventre, de petits lutins te chatouillent l'estomac

- Maman, pourquoi tu me racontes toujours des bobards quand je te pose des questions

- C'est parce que je préfère les histoires à la réalité.




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