Yourtes en scène 2017
textes
de bb (blandine berne) et nb (nina berne)
nb
: 11 mars, 15h13
Vas-y
! pars ! renais !
Oublie
ta vie passée ! Nous n'avons été pour toi qu'une étape, qu'un
passage.
Vas-y
! pars ! renais !
Qu'importe
si tu laisses derrière toi une esquisse, un tableau à moitié peint
qui sans toi restera inachevé.
Et
surtout ne regarde ni les moments de bonheur, vaguement représentés
en photos dans les albums, ni les épreuves qui à chaque fois ont
renforcé notre famille.
A
moins que je me trompe, peut-être que les fils nous reliant se sont
cassés, rompus un à un par le temps et le mauvais temps ou que
c'est toi qui les as coupés, car ils entravaient ta liberté.
Tout
ce que je vois aujourd'hui, c'est que, de six petits cailloux, il
n'en reste que cinq dont deux qui s'envolent déjà pour vivre leur
vie, et c'est bien normal, vu leur âge. Mais toi... avais-tu le
droit de dire "stop, j'en ai marre ! père, je l'ai été 18
ans, mais maintenant c'est bon, je veux vivre pour moi, mais ne vous
inquiétez pas, père à distance, c'est bien aussi !"
Alors
ne souris pas quand je m'énerve et que les larmes me montent aux
yeux. Ce n'est pas parce que tu seras à jamais celui qui nous a fait
naître, que le lien paternel ne s'effritera pas.
Vas-y
! pars ! renais !
De
toute façon, tu ne nous laisses pas le choix.
bb : 21h
A peine franchi le seuil de la pièce,
je sens qu'il a été là. Je ne sais pas si mes mots peuvent dire
son odeur ; cette sensation a-t-elle toujours été semblable ?
Je suis saisie par sa présence et par
un sentiment que je peux nommer "instinct".
La pièce est vide, il n'est plus
ici.
Je passe d'autres portes, j'ouvre son placard.
Les vêtements n'ont pas été bougés. Je pourrais secouer leur matière et faire s'envoler des traces olfactives, du temps d'avant, du temps de nous, du temps des corps confondus, du temps des nez pressés de se reconnaître, des fluides, des sueurs, des paroles de l'intime, des bouleversements qui donnent le vertige, du temps des.
Je passe d'autres portes, j'ouvre son placard.
Les vêtements n'ont pas été bougés. Je pourrais secouer leur matière et faire s'envoler des traces olfactives, du temps d'avant, du temps de nous, du temps des corps confondus, du temps des nez pressés de se reconnaître, des fluides, des sueurs, des paroles de l'intime, des bouleversements qui donnent le vertige, du temps des.
Je referme, sans rien toucher, le
placard et je change les draps pour d'autres. La toile retombe
doucement sur le matelas, sans bruit et sans mémoire.
nb
: 23h
J'allume
une cigarette peut-être la fumée douce et âcre masquera ton odeur
Mon
regard s'attarde sur cette chambre d'hôtel :
le
lit défait, la tache d'humidité sur le mur d'où se décolle un
papier peint désuet.
A
la fenêtre deux rideaux d'un jaune vieilli pendent de chaque côté
des carreaux.
Ce
soir, seule, à la lumière d'un lampadaire défectueux, je me sens
aussi triste que cette chambre d'hôtel et les larmes que j'avais
retenues à ton départ, s'écoulent maintenant en silence,
oui,
tu as su faire renaître en moi le vide que tu avais mis tant
d'années à combler
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