lundi 20 mars 2017

Marathon de l'écriture, lignée 1

 Yourtes en scène 2017
textes de bb (blandine berne) et nb (nina berne)



nb : 11 mars, 15h13

Vas-y ! pars ! renais !
Oublie ta vie passée ! Nous n'avons été pour toi qu'une étape, qu'un passage.
Vas-y ! pars ! renais !
Qu'importe si tu laisses derrière toi une esquisse, un tableau à moitié peint qui sans toi restera inachevé.

Et surtout ne regarde ni les moments de bonheur, vaguement représentés en photos dans les albums, ni les épreuves qui à chaque fois ont renforcé notre famille.
A moins que je me trompe, peut-être que les fils nous reliant se sont cassés, rompus un à un par le temps et le mauvais temps ou que c'est toi qui les as coupés, car ils entravaient ta liberté.
Tout ce que je vois aujourd'hui, c'est que, de six petits cailloux, il n'en reste que cinq dont deux qui s'envolent déjà pour vivre leur vie, et c'est bien normal, vu leur âge. Mais toi... avais-tu le droit de dire "stop, j'en ai marre ! père, je l'ai été 18 ans, mais maintenant c'est bon, je veux vivre pour moi, mais ne vous inquiétez pas, père à distance, c'est bien aussi !"
Alors ne souris pas quand je m'énerve et que les larmes me montent aux yeux. Ce n'est pas parce que tu seras à jamais celui qui nous a fait naître, que le lien paternel ne s'effritera pas.

Vas-y ! pars ! renais !
De toute façon, tu ne nous laisses pas le choix.

bb : 21h

A peine franchi le seuil de la pièce, je sens qu'il a été là. Je ne sais pas si mes mots peuvent dire son odeur ; cette sensation a-t-elle toujours été semblable ?
Je suis saisie par sa présence et par un sentiment que je peux nommer "instinct".
La pièce est vide, il n'est plus ici.
Je passe d'autres portes, j'ouvre son placard.
Les vêtements n'ont pas été bougés. Je pourrais secouer leur matière et faire s'envoler des traces olfactives, du temps d'avant, du temps de nous, du temps des corps confondus, du temps des nez pressés de se reconnaître, des fluides, des sueurs, des paroles de l'intime, des bouleversements qui donnent le vertige, du temps des.

Je referme, sans rien toucher, le placard et je change les draps pour d'autres. La toile retombe doucement sur le matelas, sans bruit et sans mémoire.

nb : 23h

J'allume une cigarette peut-être la fumée douce et âcre masquera ton odeur
Mon regard s'attarde sur cette chambre d'hôtel :
le lit défait, la tache d'humidité sur le mur d'où se décolle un papier peint désuet.
A la fenêtre deux rideaux d'un jaune vieilli pendent de chaque côté des carreaux.
Ce soir, seule, à la lumière d'un lampadaire défectueux, je me sens aussi triste que cette chambre d'hôtel et les larmes que j'avais retenues à ton départ, s'écoulent maintenant en silence,

oui, tu as su faire renaître en moi le vide que tu avais mis tant d'années à combler

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