dimanche 13 novembre 2016

Notre manteau d'Arlequin, retour sur 2007 puis années 2009 à 2012

Notre manteau d'Arlequin réserve bien des surprises :

Le personnage d'Arlequin est un peu prestidigitateur pour la bonne cause (le théâtre) ou la mauvaise (l'enrichissement illicite de ses poches ou de ses manches d'où dépasse quelque as de cœur)

En cherchant des croquis que je n'ai pas encore retrouvé, je suis tombé sur un autre carnet à losanges cette fois colorés : il contient un peu de tout ; le conte Alpharêves dans sa première version. Et puis des bribes de cette fameuse année 2007...

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13/1/07

Lise : « Si j'ai un cimetière dans mon cœur, il n'y aura plus de place pour le bonheur »

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Moi : C'était un lièvre écrasé sur le bord de la route...
Lise : Et on en a parlé à la radio ?

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2007
« Depuis ma terrasse, l'arbre qui s'accole aux canisses a donné une fleur. C'est un petit toupet passant du blanc au rose à mesure que les pétales quittent le cœur. Cela ressemble davantage à une parure de plumes teintées ou une décoration gracile à poser sur une coupe de glace.
C'est la troisième fois que je vois cet arbre, et sa fleur, en trois lieux différents. Le premier arbre était planté dans le terrain en espaliers de la maison de vacances que nous avions louée en Italie, près de Cortone, là où la Toscane prend ses allures de montagnarde.
Je l'avais peint, les fleurs impalpables, le feuillage en gouttes vertes symétriques, tout cela au-dessus des bosquets de lavande et de papillons. A l'arrière-plan de l'arbre, les enfants faisaient des jeux d'équilibre sur une structure métallique où chaque creux des tubes donnait aux guêpes l'occasion de construire un nid.
Pour moi, l'arbre à plumes roses était le symbole de l'exotisme de cette maison de vacances, au même titre, en moins inquiétant, que les scorpions noirs et jaunes qui pouvaient apparaître au chevet du lit. C'est pourquoi, lorsque je vis le second spécimen de l'arbre dans le jardin de ma tante en Bourgogne, et qu'elle m'en donnât le nom-que j'ai oublié- je fus un peu dépitée.

Depuis que nous habitons notre nouvelle maison à La Réunion, j'observe de la terrasse, le grand tamarin du jardin. J'ai vu ses feuilles jaunir à cause d'une invasion d'insectes, ses branches perdre leurs grappes aux fleurs jaunes, son tronc solitaire après l'élagage. Puis à nouveau de fraîches feuilles reverdir et donner une tête sereine à l'arbre convalescent.
De l'autre côté de la clôture du jardin, il me semblait bien que c'était le même arbre, en plus petit, un tamarin adolescent, dont les feuilles se flétrissent chaque soir après l'intense chaleur des jours d'été. Et puis, un matin, ce pseudo tamarin a fleuri, et j'ai revu devant moi les toupets pastel de mon arbre toscan !

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mars 2007
« Et ça s'appelle l'îlet ?
  • L'îlet quelle heure ? » Répond Nina.
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Nina raconte :
« Il était une fois une petite étoile qui voulait retrouver les autres étoiles perdues dans le vague à l'âme... »
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Ranjan ne veut pas qu'on lui donne un « couteau-pointure ». Mais il adore quand je fais cuire des « n'oeuf des oeufs » (prononcez : des neuf dé zeux)

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« Quand on arrive à Langevin, le diable part, » dis-je... (calembour)
Et Nina de compléter : « A la forêt de Belouve, le diable revient ! »

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Nina : « maman, tu sais que les coccinelles, elles ajoutent un rond sur leurs ailes pour leur anniversaire ? Mais je sais pas comment elles font. »

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Lise (9 ans) : « Les années passent si vite ! »




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Année 2009

« Il n'est de coïncidence sans conscience ; si je ne suis pas là pour regarder, et relier le livre à la date, ce fil à l'événement... » :
cette phrase n'est pas de moi mais mes notes sont si embrouillées que je n'en connais l'auteur ; j'ai noté Al Gore et Pullmann, l'auteur de La Croisée des Mondes... Quoiqu'il en soit, l'exergue me convient.

Le 19 janvier 2009
A la question traditionnelle que l'on pose sur l'âge, à l'occasion d'une rencontre, Ranjan répond :
« Moi, j'ai 5 ans, Nina 7 ans et les grands, là-bas, ils ont égalité. »

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Le 10 mars 2009
Une idée comme ça : je demande aux enfants quel est leur mot préféré. Lise me dit :
« J'en ai 3 : égalité, fraternité et... et...
  • Maternité ! » Complète Ranjan.
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Même jour : Nina veut aller au petit coin en quittant le stage de judo. Oui mais :
« Finalement je préfère attendre la maison. Tu comprends, ce sont des toilettes russes. » ( pour turques). J'ai l'habitude de décoder, il n'y a pas si longtemps, Nina avait un torticolis à la cheville.

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Lise : Tu te souviens quand Ranjan ne savait pas bien parler ; il disait à la place de Léandro « indigo », je m'en rappelle parce que c'est une couleur.

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Mars 2009 toujours

Mô : Comment tu chantes Lise ?
  • Qu'est-ce que tu veux dire ?
  • Tu ne chantes pas faux ?
  • NON, confirme Ranjan, elle chante VRAI.
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19 mars
« J'ai rêvé que je mangeais des beignets d'escargots et des cuisses de grenouilles. Mmm ! Les autres disaient c'est beurk mais on a de la chance de manger ça. » Nina.

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Lise est férue de blagues en tout genre.
24 juin, au repas, c'est un festival de devinettes.
« Quel animal a 9 pattes au réveil ?
- Je ne sais pas dit le fou. » etc.
Au bout d'un moment Léandro jusque là très silencieux dit :
« Quel animal est chaque jour plus poilu ? (silence) Lise en pleine puberté ! »

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24 juillet 2009
Comme je sors de la salle de bain, Nina me dit :
« Maman, cachez ces seins que je ne saurais voir.
  • Nina tu m'épaterais si maintenant tu me disais de quelle pièce cela sort...
  • Hum... de ta chambre ?
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Toujours Nina : Cela fait deux jours que j'ai cette tresse. Il faudrait la défaire, j'aimerai avoir les cheveux libres comme un dauphin. 
Moi : Mais les dauphins n'ont pas de cheveux.
Nina : Oui, mais ils sont libres ! De sauter, de nager, de danser.
28 juillet 2009, St Paul de La Réunion

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Ranjan, 1er septembre
« maman, si j'étais plus grand que toi et si j'étais amoureux, je te ferai un gros bisou sur la bouche. »

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Encore une rupture dans le carnet d'Arlequin noir et blanc qui passe de 2009 à 2011 ! La prose de 2010, je la retrouve dans le second carnet en couleurs :

16 février 2010 :

« 1983 ? Je ne sais plus. Au mois de juin ? Je crois. A L'Avoine ; le corps de mon grand-père dans la pièce qui jouxte la grande salle à manger, faite pour les réunions de famille des premiers Janviers.
Oui, c'était sûrement l'été ! Les fourmis. Déjà sur lui. Et dedans.

Et maintenant ?
C'est l'été, ici. Les fourmis. Partout. A guetter le moindre papillon de nuit ivre mort au petit matin. Ou le cafard déjà privé de ses pattes et des antennes. Tous les reliefs d'insectes pointillés par l'escadre des fourmis.

Ma grand-mère est étendue à L'Avoine. Je me demande dans quelle pièce. Seul son corps a retrouvé sa maison. Son âme est partie rejoindre son amoureux aux yeux si bleus, le jour de la Saint-Valentin.
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17 février 2010

Mercredi des cendres. Et jour de l'enterrement de ma grand-mère.
A Montceau. Je me souviens d'un tournant de la route, au bord d'un cimetière plutôt moderne.
Que du gris banal, de granit ou de marbre.
Dans ma mémoire, le paravent de la chambre d'hôpital qui cachait le corps de mon grand-père à ses voisins encore vivants, se dresse à la place de la stèle funéraire.

Je ne serai pas à l'enterrement de ma grand-mère, dans la neige des environs de Montceau.

Sur le canapé, de la sueur s'accumule sur mes tempes. Pas encore 9h du matin sur notre île des Antipodes.

Ma grand-mère. Jeanne. Ses joues d'une douceur lisse. Tendre. Ses joues glacées lorsqu'elle rentrait dans la cuisine de la ferme, défaisant les pans noués au menton de son fichu qui sentait la chêvre. L'odeur du cabri. Du petit lait. Le caillé blanc du fromage. Le grès des formes. Le gris des journeaux dans lesquels elle emballait au moins 5 fromages demi-secs, avant de les vendre. Pas côté cuisine mais côté route, côté Grand-étang. Du côté des voitures et des camionnettes d'épicerie ambulantes et des moissonneuses.

La ferme de L'avoine. Tous ses états superposés dans nos mémoires. A la place de la pépinière, le terril malodorant du fumier. A la place de la stabulation, les cages à lapins et la chambre « du Serge qui fait encore pipi au lit ». La remise aux fromages. Disparue. Devenue salle de bain.

Ma grand-mère effacée de ce temps.
Où est le puits de l'arrière-cour ?
Et les poules piquant des tessons de coquilles ? Les roses dans l'espace où je voyais le sang qui dégoutte des cous juste tranchés des poulets. Un vernis rouge dans une assiette. Juste après, grillé dans le parfum des oignons. « A la casse » : une poêle en fonte plus noire que la nuit. »

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23 février 2010, Prose pour le 24

Vingt ans
ce n'est pas vain temps

Quelle porcelaine ? Ou « China » comme dit le Britannique.
Je préfère le papier Japon, c'est plus érotique
Pores sel aine
Peaux Sueurs Lèvres
Porcelaine de la coquille retournée que tu retrouves en bord de mer
ou la tige sans souplesse d'une rose de porcelaine, hermaphrodite.
Rose de porcelaine, une tête pour un bouquet

Vingt ans,
ce n'est pas vain temps

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13 octobre 2010
En attendant de retrouver mon petit carnet...

Nina dit : Papa, je me suis fait une fourrure au petit doigt.
Ranjan corrige : Mais non, la fourrure, c'est là où on met la clef !

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2011
retour au petit carnet officiel des mots d'enfants...

Nina, le 16 février 2011
« C'est la troisième fois qu'Eléa essaie de me piquer mon amoureux ; là, ça dépasse les borgnes ! »
Moralité : l'amour rend (presque) aveugle.

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Le 18 avril 2011, Ranjan écrit sur le carnet : « Quand je serai grand, je voudrai être parachutier pour regarder les soiceaux, je voleré odecus du siel. Et je pourai voir la mère de aux. »

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31 mai 2011
Ranjan CE1 : Moi, j'ai une amoureuse !
Maman : Ah bon, c'est qui ?
Lise : Ambre ?!
Ranjan : Non (…) bon d'accord, c'est Ambre, c'est ma femme.
Papa : Ambre, c'est ta femme ?
Ranjan : Oui ! Elle ne sait pas faire d'addition mais c'est pas grave.
(Recopié par Lise)
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Papier collé anachronique :
papa tu es malade
comme une salade
mais tu es / mais tu as un (2 cœurs dessinés)
tu as volé du
repas rouge
et tu es su la lune
(poème manuscrit de Lise Novembre 2004)
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retour à 2011 dans le carnet dissident :
Ecrit par Ranjan : samedi 29 octobre 2011
(orthographe d'origine)

« Liste carome divinatoire

1 Tu oras la santé.
2 Une bone note en math
3 Une carie
4 Le grand amour
5 Un appareil dentaire
6 Un nouveau vélo.
7 La sagesse
8 Movaise note an anlais
9 Un Noncle cassé (ongle)
10 Tu auras 5 €
11 Tu iras au cinéma
12 Fais le tour de la maison. »
&
Lise 13 ans et demie :
« Je suis tombée sur une pêche en cherchant une carotte. » (Brève de frigo)

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2012

Lise, la poétesse (façon haïku inconscient et libre)
« faisons maintenant
que l'arôme nouveau donne
corps longtemps au bonheur »
le 6/10/2012
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Le 10 octobre 2012
Phrases écrites avec des mots aimantés et collées sur le frigo :
« Aujourd'hui les sentiments enlacent notre famille
Ton sourire me fantasme
Savoure
Pourquoi nous sommes
presque toujours en
statu quo » composé par Léandro

Réponse de Lise :
« Oui quitte vite le cocon
c'est ce choix »
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28 octobre,
Nina, voyant que la glace est terminée : « Mon rêve est parti en flambeaux. »

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Décembre 2012,
Nina compose et calligraphie sur un éventail, le poème suivant :

« L'été les éventails
Secouent leurs brins de paille
Ils dansent au gré du vent
pensent aux cerfs-volants
cachent quelques frimousses
Quelques galants ils repoussent
Ils prennent de grands airs
Et se replient...solitaires. »



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