Atelier du mardi avec Delphine sous le signe des
« paronomases » (parano naze)*
En préambule ces mots de Paul Auster dans L'invention de la solitude :
« Les mots riment, et même s'ils n'ont pas un réel rapport entre eux, il ne peut s'empêcher de les associer. Room & tomb. Tomb & womb, womb & tomb. Breath & death. Ou le fait qu'avec les lettres du mot live on peut épeler le mot Evil*.
Il sait que ce n'est là qu'un amusement d'écolier. Mais en écrivant le mot « écolier », il se rappelle ses huit ou neuf ans et le sentiment de puissance qu'il a éprouvé quand il s'est aperçu qu'on pouvait jouer ainsi avec les mots comme s'il avait découvert une voie secrète vers la vérité : la vérité absolue, universelle et incontestable cachée au cœur de l'univers. Plein d'un enthousiasme juvénile, il avait bien entendu négligé de prendre en compte l'existence d'autres langues que l'anglais, de toutes les langues bourdonnantes qui se disputaient cette tour de Babel, le monde au-delà de sa vie d'écolier. Et comment se pourrait-il que la vérité absolue et incontestable varie d'un langage à un autre ? Mais on ne peut ignorer tout à fait le pouvoir de la rime et des métamorphoses du verbe. (...)Le langage n'est pas la vérité. Il est notre manière d'exister dans l'univers. Jouer avec les mots c'est simplement examiner les modes de fonctionnement de l'esprit, refléter une particule de l'univers telle que l'esprit la perçoit. De même, l'univers n'est pas seulement la somme de ce qu'il contient. Il est le réseau infiniment complexe des relations entre les choses. De même que les mots, les choses ne prennent sens que les unes par rapport aux autres. « Deux visages semblables, écrit Pascal, dont aucun ne fait rire en particulier, font rire ensemble par leur ressemblance. » Ces visages riment pour l'œil, juste comme deux mots peuvent rimer pour l'oreille. Poussant un peu plus loin, A. irait jusqu'à soutenir que les événements d'une vie peuvent aussi rimer entre eux. » (p.254)
*chambre tombeau sein maternel/ souffle&mort / Vie&Mal
Consigne 1 le mot tournant et non le mot tourment
Bizarre : blizzard, Bulbizarre, buvard, cigare, cigale, si gale, Galicia, Malaisie, Malice
(nina)
Bizarre cauchemar zarbi Zarricot zananas les zoizo Zambrocal* tous azimuts’aéroports’aérés le hasard le lézard Balthazar des zaraignées bizarres bazarder (bb)
*en créole réunionnais
Consigne 2 : Tireur à la ligne -variante-en mode automatique : il s’agit d’écrire et de rebondir pour « gonfler » notre texte, comme un pigiste payé « à la ligne »
À quoi pensez-vous ?
Aux plantes vertes qui penchent et que parfois le vent ou le chat mènent encore plus bas.
À quoi pensez-vous ?
Aux pleurs de l’enfant que le bruit des voitures étouffe (est « ouf ») quand le feu est passé au vert (ovaires)
À quoi pensez-vous ?
Au temps donné (autant donner) déjà dépassé
Vers quoi penchez-vous ?
Je penche vers la droite sauf en politique, je penche vers l’avant sans piquer du nez. Je penche pour les branches du côté où les feuilles sont vertes ; je pense aux pervenches et au baron perché, penché sur la planche du pirate déhanché.
C’est comment par chez vous ?
Par chez nous c’est : pas par ici mais par en-dedans, le chez nous bien resserré sur l’essentiel. Par chez nous c’est prêt à construire, pavé de plaques posées par-dessus le passé du quartier. (bb)
À quoi pensez-vous ?
Au réglisse sucré qui ne fait pas l’unanimité
Aux devoirs pas finis, pas entamés, oubliés
à l’horloge disparue dans une classe familière
à mon ventre qui se rebelle
à mes yeux qui se plissent
Vers quoi penchez-vous ?
Tendue vers l’avenir
Tendue de la tête aux pieds
Tendue jusqu’au mois prochain
Tendue à ce temps dû
Tendue vers la détente
C’est comment par chez vous ?
Gris, déconstruit
reconstruit en béton
un bric-à-brac de nouveautés
un cache-cache du passé (Nina)
Consigne 3 « dépayser l’intelligence ». A partir d’une photo de vacances de Delphine
Je fus interrompu dans ma lecture du journal du dimanche par un bruit qui me surprit et me sortit de mon tournis de mots en pattes de fourmi. Ce clapotis sec d’un enfant, pas sec, dans une bouée pastèque me passa aussi sec, de mon périodique à cette vision parodique : une maman, un seau, son enfant, beaucoup d’eau, un chapeau trempé, le propriétaire en pétard, la mère a priori arrivée trop tard. Cet interlude, créé sans préambule, ne me fit pas tiquer longtemps, tant lunatique je suis. Mes yeux retournèrent vite dans les brisures de cette ère.
(Nina)
Je fus interrompu dans ma lecture du journal du dimanche par un bruit qui, clairement, sentait le pet. Malcommode pour un gentilhomme.
C’est « malaisant » comme disent les adolescents de maintenant …malodorant ? Pas vraiment !
Sur ma serviette, sous ma chemisette, sous mes lunettes, sur ma planète, ce bruit précis, à moi mal assorti, m’a pris en traître. La Baigneuse dans 10 cm de Méditerranée et le Flâneur sous le parasol à 100 cm précautionneux de ma place forte, se tournent vers moi, le Pétomane gentleman, qui tire alors sa révérence et jette son panama tandis que doucement s’affaisse sous mes fesses, ma chère bouée couleur pastèque.
(bb)
Consigne 4 L’auto-stoppeur :
Est-ce que je t’ai raconté Blandine, l’étudiante, qui avait raté son train et m’a donné un dessin ?
Est-ce que je t’ai parlé de Jordan le lycéen qui est monté sans la boucler, la ceinture, mais qui très vite l’a bouclé ! vu qu’il était complètement shooté et que j’ai dû le réveiller sur un parking du supermarché pour m’en dépêtrer ?
Est-ce que je peux compter Huguette la guêpe qui, sur des kilomètres, m’a accompagnée sans que j’ose la chasser ?
Est-ce que je t’ai raconté que des gens au pouce levé, j’en ai pas souvent fait monter avec mes quatre marmots sanglés dans leur siège auto. J’aurais bien eu, dans le coffre de l’Espace de la place, mais j’ai pas croisé de bidasses.
(bb)
Est-ce que je t’ai raconté Jean-Louis sans ouïe qui poliment m’a dit détester le bruit
Est-ce que je t’ai raconté Michel en 4L qui à l’entrée d’un tunnel m’a avoué avoir, comme yeux de prunelle, un teckel
Est-ce que je t’ai raconté Jacob à peine sorti de l’auto-école qui a fait décoller sa Twingo pendant 100 km à la vitesse d’un métro
Est-ce que je t’ai raconté Véronique mère de quatre enfants en panique qui a oublié son enfant de 12 ans tyrannique sur une aire de pique-nique, acte manqué et remarqué que lorsque je suis montée à la place du coup vidée.
Est-ce que je t’ai raconté Igor, amateur de trésors qui est en direction d’un aéroport pour s’envoler vers l’Australie avait liquidé meubles et compagnie et tentait l’aventure rêvée de partir au paradis de l’or et de la solitude.
(Nina)
Consigne finale : le rituel des choses…
Choses qui sonnent :
La clochette de mes clés
les grelots de mon sac à main
la sonnerie du lycée
mon téléphone à 8h30
les bijoux-jouets du chat
(Nb)
l’heure du bonheur
les couverts sur la porcelaine
le flux des ambulances vers le Médipôle, mot-valise, où l’on va sans bagages.
(bb)
Choses élégantes :
Ma grande grand-mère petite
un cou orné d’un grain de beauté
une écriture courbée, fine et penchée
(Nb)
Un seul gant noir ou blanc
Un grain de beauté pour pointer ton grain de folie
La parole retenue pour entendre celle de l’autre (bb)



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