L’atelier du dimanche 14 juin avec Delphine
Consigne 1 : et d’abord, on lit
Une pile de livres « frais », dont Paul Valet Que pourrais-je vous donner… » et La légèreté de Catherine Meurisse ; mais d’abord de Chantal Thomas Café vivre (chez seuil) pp.24-25
Puis écrire sur un souvenir de lecture, associé à une couleur.
« Pour moi, Jules Barbey d’Aurevilly a la couleur pourpre du sang. Avec ses diaboliques nouvelles qui ont terni une fois mon soleil estival, il part du rouge grenat d’une paire de rideaux, aux noirs de l’âme humaine qu’il décrit et décline. Ces histoires sont un dégradé, une palette de peintures qui, malgré leur place inhabituelle dans mon univers de lectures, ont su marquer mon être comme une tache sur un chevalet encore neuf. Cette lecture a été une poussée hors de moi, une porte découverte... ouverte avec innocence et obligation. »
(Nina)
« Pour moi, Kawabata a la couleur de la neige. Celle qui rentre par les yeux et par les chaussures trop larges pour la couche profonde qui a recouvert les quais du Rhône, cette année de mes 17 ans. Je l’ai lu pour la première fois dans la collection de poche grise et lustrée. Le motif de la neige revient dans le titre, Pays de Neige, dans la blancheur poudrée des Belles endormies, dans le papier des cloisons intérieures où l’ombre portée de la Danseuse d’Izu tremble, silhouette illusoire sous la lanterne.
Yasunari Kawabata : je fais passer autour de ma langue les huit syllabes comme on mastique au ralenti un chewing-gum pour lui conserver plus longtemps sa fraîcheur.
Je suis tombée amoureuse de la littérature du japon dans ce grand bain de poudreuse que des pas ne noirciront jamais, une neige chaleureuse qui se draperait autour de moi en un kimono de mariage. Nuées d’oiseaux blancs… Un motif de grue : la goutte de sang à leur front, la bouche rouge d’une femme à Kyoto… les récits de Kawabata, des portes qui s’entrebâillent. »
(blandine)
Consigne 2 REPLAY
Titre triple de Peter Handke :
Essai sur la fatigue, Essai sur le juke-box, Essai sur la journée réussie.
Réécrire un moment collectif qui a produit une « journée réussie ». Cette scène vécue à travers l’écran devient un moment fort dont nous sommes acteurs… en vers rimés !
Concert en ubiquité,
ou
« que reste-t-il … ? »
Dans la famille Chedid
Je voudrais d’abord citer,
Paupières un peu humides,
La grand-mère, Madame Andrée
Pour ce concert en replay
Mathieu, alias M le fou
Sur les épaules de Lou-
-is, oui, son père en premier
qui mit les mots en musique.
Un concert en confiné ?
Des coulisses, moi, moustique,
Je joue un bourdon pressé
Ajoutant une rythmique
Pour la cover de l’année.
(blandine)
Après une dispute sans conciliation
Je me disais, mettant de côté ma raison
Qu’il fallait assister à l’examen dansé
De mon frère aux yeux et à la langue acérée.
Après une heure de bus et un sprint effréné
J’arrive enfin, trempée, à l’horaire indiqué
Mais avant de rentrer dans la salle bondée
Je croise mon frangin tout en rouge vêtu,
Voyant son seul public dehors et essoufflé,
Instaure cette trêve par moi tant attendue
En rangeant ses couteaux, pour un regard confus :
« Je suis déjà passé, merci d’être venue. »
Ce n’est qu’un mois plus tard que j’ai vu sa choré
Par écran interposé…
Consigne 3 Logorallye avec Christian Bobin Un bruit de balançoire
(les mots en italiques sont donnés, intégrés au moment de leur énumération à ce qu’on écrit, faisant souvent bifurquer le texte.)
« Marina, je suis resté des années à ta porte, je n’osais pas entrer. Je croyais que tu ne m’accepterais pas. Je connais par cœur ton palier. Sa sonnette en nacre blanche, où ton nom est écrit d’une écriture fine, délicate mais parfois masquée par une tache d’encre. Ton paillasson est lui aussi farceur car, s’il est y est écrit « bienvenue », je ne me sentais pas légitime et me sentais glisser, tes marches me mettaient à la porte comme une planche savonnée. Je marchais alors un peu plus loin dans la rue pour me planter devant le triptyque de ta fenêtre. Quel beau tableau j’y voyais, chaque jour ; ses couleurs, ses personnages changeaient ; seuls tes rideaux au motif de jonquille étaient un cadre éternel. Les soirs, sous une housse de silence face à l’absence de tes réponses, je posais mon crâne sur l’arbre devenu notre voisin commun.
Nina
« Marina, je suis resté des années à ta porte, je n’osais pas entrer. Je croyais que tu avais oublié comment on tournait la clef. Ta maison ressemblait de loin à n’importe quelle autre. Avec le temps, les ancres des nuages ont été soulevées et la maison s’est envolée. Elle était là le mardi ; le samedi, n’y était plus ! J’ai cherché sur quelle planche savonnée elle avait bien pu se fondre dans la boue des terrains vagues. Le triptyque des illusions qui mènent à la disparition :
Fuir, être abandonné, perdre la mémoire.
Laquelle de ces jonquilles est prénommée Narcisse ? Quel écho te dira mes passages réguliers sur le sourire de ton paillasson ? Une housse de silence a masqué nos intérieurs : Fantômes des meubles-miroirs éraflés-crânes édentés que la pelleteuse fait sauter en l’air comme un ballon au bout du pied de l’enfant. »
blandine

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