vendredi 6 janvier 2017

Transcription d'une Conférence sur : Mémoire post-traumatique, histoires de vie et résilience

"Il est formateur de pouvoir faire le récit de soi lorsque l'on a vécu une situation douloureuse ou extrême."

Verlaine détourné par Corinne Chaput-Le Bars directrice du département Recherche et relation universitaires de l'IRTS Normandie-Caen. (en science de l'Education)

Quelles sont les caractéristiques d'une situation extrême ?
Les phénomènes psychiques ne sont pas tout à fait les mêmes quand il y a une responsabilité humaine.
D'abord une situation extrême est celle qui va au voisinage de la mort, c'est à dire que la personne a eu peur pour son intégrité physique ou psychique, qu'elle ait eu peur pour sa vie.
La seconde caractéristique lorsque ce sont des événements qui n'ont pu être pensés, anticipés, ni dans leur intensité, ni dans leur temporalité qui arrivent de manière extrêmement brutale. 
La troisième caractéristique : elle entraîne une destructuration de l'identité, la perte des repères, l'éclatement de tous les cadres que la personne avait auparavant : c'est à dire qu'un individu qui a eu une éducation, à qui on a transmis un certain nombre de valeurs religieuses ou laïques et républicaines, et bien cet individu face à une situation douloureuse se rend compte que tout ce qu'on lui avait transmis, tout ce en quoi il croyait, a éclaté, a disparu : il n'y a plus d'arrimage possible.
Et puis il faut en ajouter une quatrième : Le vécu par le sujet est toujours singulier malgré tout. Il n'y a a pas de situation extrême objective.
Les séquelles post-traumatiques sont d'autant plus fortes qu'elles sont provoquées par une main humaine. Et puis, les êtres humains ont toujours tendance à croire qu'ils sont responsables de leur sort : Peut-être que j'aurai pu agir autrement ;  il y a intériorisation d'un sentiment de responsabilité, y compris de la honte.
(Cf : Bibliographie, chez Payot : Sandor Ferenczi Le traumatisme « un choc inattendu, non préparé et écrasant : la personne est comme un sac de farine qu'on a laissé tomber par terre. »
effraction psychique et rencontre avec le néant. )

Enfin, cette situation met l'individu dans une contradiction entre les éléments de l'expérience traumatique vécue dans son présent et les systèmes avec lesquels cet individu appréhende le monde : il y a quelque chose qui dépasse son entendement.
(Moi : « Et j’ai perdu plus que la vie. Je suis comme un pays en guerre civile : il n’y a que des défaites » 29/12/2016)

Pour transmettre, il faut un émetteur mais aussi un récepteur. 
Même si on ne veut pas transmettre, il y a quelque chose qui suinte du secret. Il vaut mieux transmettre que laisser transpirer. Il y a souvent une période de volonté somnolente, entre le traumatisme et la période où l'on peut transmettre. Le traumatisme à l'état brut ne parvient pas à se transformer en souvenir. 
La première émotion c'est la colère. La deuxième, c'est la peur. Le chagrin. Et puis de la désillusion. Une forme de honte par rapport à eux-mêmes et puis aussi bien sûr un sentiment d'injustice.
Ces émotions-là sont des émotions de base ( point de vue de la conférencière en science de l'éducation) finalement,  elles sont quand même formatrices ; effectivement, au bout du compte, en racontant, elles apprennent beaucoup.
Quand je me raccommode, je m'accommode. Quand je me raccommode, j'arrive à rendre les choses présentables pour les autres. Dans un autre sens, cela veut dire : soigner, réparer. Dans un autre sens encore, cela veut dire se réconcilier.
Effets du partage : retrouver un peu d'estime de soi. 
Avoir la connaissance de soi, et apprendre sur les autres. 
Quand le récit peut prendre la forme d'un récit, il y a un avantage : l'effet de trace. On peut disposer alors d'un objet. 
Effet de libération qui n'est qu'éphémère, donc finalement moins important.
Ecueils et limites
Luba Jurgenson « La langue de l'expérience est infiniment pauvre mais aussi absolument complète ; elle ne connaît pas de manque. La langue d'arrivée est riche au point de pouvoir dire sa propre insuffisance. »
Mais si le récit que l'on fait, n'est pas écouté, si le témoin n'est pas repris par le récepteur, alors c'est le contraire de la résilience...

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